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3 grenouillettes, un Papounet et une grosse voix

Émile Jadoul connait le plaisir des enfants par coeur. Dans Une histoire à grosse voix, le plaisir de Gaspard, Gaston et Léa, trois petites grenouilles, sera de choisir une histoire, mais pas n’importe laquelle. Une histoire à GROSSE VOIX. Une histoire pour laquelle leur Papounet déploie tous ses talents d’acteurs. Que c’est chouette d’anticiper la petite peur qu’on va vivre même si  ça inquiète un peu Gaston, le plus petit. Surtout que Papounet éteint la lumière pour mieux mettre en scène sa grosse voix pendant l’histoire. Si lui trouve ça bien de lire dans le noir, les petites grenouilles ont besoin d’être rassurées et trouvent le prétexte de rallumer pour boire un verre d’eau, aller faire pipi ou chercher un doudou.

Quand Papounet peut enfin raconter l’Histoire à grosse voix, la peur gagne vraiment les petites grenouilles qui se serrent sous la couverture. Il faut dire qu’il raconte avec une très GROSSE voix, Papounet. Finalement, on opte pour une histoire à petite voix qui calme tout le monde. Mais au moment où la lumière s’éteint définitivement pour dormir…voici 3 petites paires d’yeux qui créent la surprise, dans le noir.

Ah mais quelle réjouissance de raconter cette histoire ! Grosse voix ou petite voix, le plaisir est égal, du moment que l’on est ensemble. Un plaisir que peut réellement partager le lecteur puisqu’Émile Jadoul, en excellent metteur en scène, grâce à ses cadrages, l’invite carrément sur le lit où se déploie une jolie couverture verte. C’est dire l’implication qui peut se créer au moment de la lecture. On se délecte aussi des expressions tour à tour malignes, coquines, inquiètes, ou amusées des petites grenouilles et de Papounet.

Émile Jadoul

En dehors du contenant réussi, ajoutons que le contenu est finement écrit. Émile Jadoul sait bien faire durer le temps et raconter les émotions (on veut bien s’aventurer vers la peur, mais pas trop quand même). L’enjeu de la peur dans le noir véhiculée par une grosse voix, devient JEU.

Il soulève aussi l’importante question du rapport à la narration et du phénomène d’identification, au moment où Gaston et Gaspard s’inquiètent et demandent: « Papounet, c’est bien toi cette grosse voix? ». C’est toute la complexité qui se révèle dans la lecture. Le lecteur n’est pas le narrateur. Il aime imaginer un personnage, parfois si fort, qu’il pourrait bien être « vrai ». En lisant on jongle avec de multiples voix et cela procure énormément de plaisir au petit lecteur qui peu à peu le comprend.

Bravo encore à cette album « pièce de théâtre » qui comporte son prologue (Papounet arrive dans la chambre pour tirer les rideaux), la lecture de l’Histoire à grosse voix et enfin la chute réussie en véritable coup de théâtre!
Alors coup de chapeau à cet album, à mon avis, l’un des meilleurs de ce créateur talentueux pour les tout-petits.

Ah, j’oubliais un détail amusant : la traditionnelle écharpe carreautée qu’Émile Jadoul aime mettre autour du coup de ses personnages, dont il  a désormais fait sa marque de fabrique.

Émile Jadoul, Une histoire à grosse voix, Pastel 2018