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L’enfant, la taupe, le renard et le cheval

Dessiné et écrit à l’encre de Chine, le premier album de Charlie Mackesy, L’enfant, la taupe, le renard et le cheval, publié aux Arènes, est une promenade initiatique sur la découverte de l’amitié, sur les liens qui se tissent entre nous, puis nous unissent. Nous déambulons dans le monde en suivant un enfant et ses amis à travers plus de 120 pages qui nous offrent un moment unique de beauté.

C’est le printemps, une saison qui traîne encore l’hiver derrière elle, mais qui est prometteuse de grand soleil. Un enfant assis par terre, seul et s’ennuyant, rencontre une taupe qui sort le bout de son nez. 
« Qu’est-ce que tu veux être, toi, quand tu seras grand ? »,  demande-t-elle à l’enfant.
« Gentil », dit l’enfant.

Le dialogue s’installe, d’égal à égal. Ils discutent du temps, de leurs rêves, de leurs peurs. L’esprit du récit est celui d’une errance, d’un rêve éveillé qui ne manque cependant pas d’humour. Si la taupe est attirée par le monde extérieur c’est parce qu’elle très gourmande de gâteaux. Plus tard, elle avouera qu’elle a trouvé mieux que des gâteaux : les câlins.
Humour encore dans ce passage où ils observent deux cygnes magnifiques et si harmonieux.
« Comment font-ils ?» demande l’enfant au cheval.
« Ça pédale beaucoup en dessous » dit le cheval.

Le récit tout entier est rythmé de saynètes absolument magnifiques et magiques dans la nuit bleue. Une lune protectrice veille sur les quatre amis.

Les couleurs apparaissent peu à peu, en même temps que la taupe et l’enfant se mettent en mouvement dans le vaste monde. Ils rencontreront un renard peu bavard, puis un cheval qui dans ses rêves se prend pour Pégase. L’illustration devient alors extraordinaire. Du noir, émerge le cheval blanc qui s’envole.

Au fil de leur promenade, émergent d’autres pensées sur la liberté, le risque, la confiance en soi. Jamais de morale, plutôt une discussion philosophique qui n’est pas rappeler les dialogues entre un célèbre aviateur et un certain Petit Prince.

Le rythme musical n’est pas non plus un hasard. Il est annoncé dès les pages de garde où est imprimée une partition de piano que j’ai reconnue. Une petite pièce de Robert Schumann, immense compositeur et poète romantique, dans un style bondissant, comme les pas du cheval qui galope sur les portées. Liberté.

Il arrive des évènements plus dramatiques durant leur errance, mais l’issue se fait toujours dans une calme réflexion. Car cet album vous offre du temps : « ne rien faire avec ses amis, ce n’est pas vraiment ne rien faire ».

Certaines pages sont éblouissantes de beauté et de lumière, dans des tonalités restreintes aux dégradés subtils, comme si la lune captait la poésie du moment.

L’illustration contribue largement à la force intime du récit : les nuances délicates de blancs, bruns, noirs et bleus, la douceur, le dessin délié et assez énergique pour donner corps aux personnages, l’intimité créé par leurs gestes qui jouent dans les arabesques du trait…
La typographie choisie est calligraphie, aussi importante que le graphisme des illustrations.

La plupart du temps nous nous situons dans le dos des personnages, comme si l’auteur voulait que nous écoutions en secret leur conversation. Les espaces blancs dans les pages laissent imaginer la nature qui les entoure et que l’on entrevoit si peu : une branche d’arbre, un buisson, quelques cailloux dans la rivière…
L’existence des autres est symbolisée par un village, au loin dans les collines. Mais c’est la plupart du temps perché sur une branche d’arbre que l’enfant observe le monde et se pose des questions.
Poser des questions, et se poser des questions, c’est l’essence même de la philosophie, donc de notre humanisme. C’est pourquoi cet album s’adresse à tout le monde tel que l’auteur le dit en introduction : « Ce livre d’adresse à vous, que vous soyez âgé de huit ans ou quatre-vingt-huit ans; j’ai parfois l’impression d’avoir les deux ».

Ce voyage magnifique nous fait entendre la musique de la vie et ses émotions. Avec le temps qui s’écoule, la parole se délie peu à peu. Ainsi, le cheval avoue  que la chose qui lui a demandé le plus de courage a été de demander de l’aide. J’y ai reconnu un de mes amis.
Sans doute, la tempête qui agitait le cœur de l’enfant au tout début (il semble fragile, timide, sans confiance) trouve un apaisement dans ce que ses amis et la nature lui auront transmis : « Souvent la personne à qui tu pardonnes le moins, c’est toi ».
Il se pensait sans importance.
Voici que ses amis lui renvoient, en miroir, une amitié qui ne peut que lui apprendre à s’aimer.

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