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Anthony et la Gargouille

Jo Ellen Bogart et Maja Kastelic nous régalent d’une histoire dont la seule narration provient des illustrations et des indices écrits dans celles-ci. Des petits mots par-ci par-là qui ont leur importance. C’est pourquoi je préfère ne pas parler d’album véritablement sans texte. Anthony et la Gargouille m’a rappelé ma jeunesse à Paris. Combien de fois suis-je montée en haut des tours de Notre-Dame pour y admirer la vue et saluer ses gargouilles impressionnantes, monstrueuses et chimériques !

D’ailleurs, j’adore ce mot gargouille. Pas vous ? Il a comme origine le mot gorge. En architecture, l’eau dégouline (dégueule) de la gargouille. Et ce petit bruit de gargouille a bien sûr donné naissance au verbe gargouiller.

Mais entrons dans l’histoire en images. Au numéro 26, vit un couple avec un petit garçon, Anthony. Sur les murs de la maison, des photos souvenirs sont accrochées : le mariage, la naissance d’Anthony, une vieille dame, la tour Eiffel, Notre-Dame, un café pour les amoureux…Le lien avec la France est évident.

Chaque soir en se couchant, Anthony dit bonsoir à sa grosse pierre mais un matin, il découvre que celle-ci s’est ouverte, comme un œuf. Lorsqu’il trouve le bébé gargouille qui en est sorti, il décide d’en faire son secret.
Alors que la petite gargouille se questionne sur ses origines, Anthony lui montre des livres sur Paris et d’anciens albums photos de la famille. Parallèlement, les parents d’Anthony reçoivent des mauvaises nouvelles de Paris où leur vieille tante est hospitalisée. Ils décident donc d’y partir et Anthony en profite pour glisser la petite gargouille dans ses bagages, toujours sans rien dire à ses parents.

Le reste de l’aventure offre aux lectrices et aux lecteurs une formidable exploration de Paris : monuments, boutiques, noms de la gares, de stations de métro et, bien sûr, visite de Notre-Dame qui porte encore sa flèche !

À l’hôpital, Anthony dévoile son secret à la vieille dame, toute heureuse de découvrir le bébé gargouille qu’il garde dans son sac à dos. C’est elle qui lui indique de monter tout en haut des tours de la cathédrale. Elle semble reconnaître la petite chose et nous devinons qu’une histoire a eu lieu. À nous de l’imaginer. Anthony entraine donc ses parents à Notre-Dame où tout là-haut, la petite gargouille retrouvera enfin sa famille. Voilà, la mission est accomplie et la vieille femme apaisée.

Dans l’histoire se croisent quelques jolies pensées :
L’importance des pierres des monuments, pierres vivantes qui racontent quelque chose de l’histoire mais aussi de l’artiste qui les a taillées, créées. Au-delà, je trouve que cet album est un excellent prétexte pour sensibiliser les jeunes à l’architecture et à ce qu’elle transmet de nos sociétés.
Le récit évoque aussi le besoin de connaître nos origines parfois lointaines, mais que portent les souvenirs familiaux.
Et puis, c’est une invitation à mieux regarder ce qui nous entoure.

Dans ses illustrations, Maja Kastelic allie réalisme et fantastique. Elle les dispose dans des vignettes aux bords arrondis qui évoquent les formats des cartes postales. Elle incite à travailler notre regard pour puiser au fil des pages tous les indices de compréhension possibles pendant la lecture. Elle parvient à faire émaner beaucoup de tendresse des gargouilles qui pourtant se voulaient plutôt monstrueuses. Fantastiques, ces créatures étaient imaginées par les tailleurs de pierre du moyen-âge à partir d’un bestiaire oriental. Les gargouilles ont traversé le temps pour offrir au ciel de Paris une dimension onirique que l’illustratrice transmet au lecteur, à la lectrice.

Pour écrire son histoire en images, Maja Kastelic reste dans des teintes proches de la pierre, de l’ocre au gris. Avec ses aquarelles tout en douceur retravaillées numériquement, elle déroule le récit avec clarté (bien qu’il ne soit pas évident de savoir qui est réellement la vieille dame mais ce n’est pas important), et sait nous faire partager les émotions et les impressions d’Anthony. La rencontre avec la vieille femme et surtout avec le monde des gargouilles est décrit avec beaucoup de tendresse.

D’un point de vue pédagogique, il y aurait beaucoup à exploiter dans l’album. Entre autres : la découverte culturelle de Paris, la reconnaissance des lieux et des monuments, des boutiques, annonces…et puis bien sûr, tout ce qui a trait à la compréhension et à l’interprétation.

Quelque chose dans la vie de cet enfant a définitivement changé. Il sort plus fort de cette expérience familiale et son secret partagé, ancré dans ses origines, lui donnera probablement le goût de revoir à Paris,… et ses gargouilles.

Publié chez Comme des géants ! Pour les 5-9 ans.