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Le kiosque d’Olga

Avant d’être autrice et illustratrice d’albums, Anete Melece réalise des films d’animation. Ainsi, Kiosque est-il un album adapté d’un court métrage qui lui valut plusieurs prix. À noter, la chose n’est pas courante, que ce texte est traduit du letton puisqu’Anete est native de Lettonie, petit pays situé entre la Lituanie et l’Estonie, sur la rive de la mer Baltique ! Voilà pour la géographie 🙂


Le premier élément attirant est l’aspect physique de l’album qui se présente avec une ouverture carrée, celle du comptoir d’un kiosque à journaux. Le deuxième élément est cet esprit à la fois drôle et libre du récit. Pourtant, question liberté, on part de loin puisque Olga, le personnage principal de l’histoire « travaille depuis très très longtemps dans un kiosque ». Enfermée dans cet espace exigu au milieu de la ville, elle voit défiler le monde. Son regard sur notre vie contemporaine est sans préjugé. 

Olga, installée et même « coincée » dans son kiosque, est un peu comme au cinéma. Elle écoute tous ces gens raconter leurs histoires et leur vend bonbons et journaux : les solitaires, les énervés, les jeunes et les vieux, les excentriques, les touristes, les sportifs, les bavards, les fumeurs, … Dans son confinement, Olga « connaît leurs désirs par cœur » alors qu’aucun d’entre eux ne se préoccupe d’elle. Pourtant, elle leur est indispensable et rassurante.

Mais, au-delà de ce brouhaha quotidien et faussement joyeux, Olga « broie du noir ». Heureusement, les revues de voyage lui permettent de rêver. Ses nuits sont plus douces que ses jours pour jouer avec le titre d’un roman connu. Or, voilà qu’un matin, encore plus coincée que d’habitude et trop grosse pour sortir du kiosque et attraper les piles de journaux livrés, sa vie bascule, au sens propre et au sens figuré.

« Patatras ! Toute la vie d’Olga est mise sens dessus dessous ». On peut même dire que ç’en est renversant ! Olga tangue et vacille avec son kiosque. « Elle peut même marcher ! ». Voilà, sa vie est en route pour ailleurs.

La suite de l’aventure est réjouissante à plusieurs titres. D’abord, parce qu’Olga, marchant avec son kiosque, provoque des situations cocasses. Ensuite parce qu’avec un petit coup de pouce du destin, elle va en quelque sorte réaliser son rêve. Partir, voyager…Jusqu’où ? À vous de le découvrir.

Anete Melece dépeint le monde réel de ses couleurs joyeuses dans un esprit naïf et humoristique. Elle fait de la diversité humaine une joie, un amusement alors que son personnage, lui, est bien solitaire. Cette distorsion crée tout l’intérêt de l’album. Le monde s’agite et Olga dort dans son kiosque, rêvant de plage, de mer et de couchers de soleil. On devine presque sa respiration en voyant son ventre se soulever régulièrement. 

Les cadrages et le rythme des illustrations (en vignettes ou en pleines pages) procurent un effet dynamique. Il me semble parfois que le ciel et l’eau ne font qu’un. L’auteure s’amuse aussi avec les personnages que le lecteur observateur croisera à plusieurs reprises au cours de l’histoire.

En traduisant l’esprit du film d’animation dans un livre, Anete Melece apporte quelque chose de tout à fait inédit au monde de la littérature jeunesse. 

Plutôt que tendre au tragique (la terrible solitude d’Olga, son obésité, sa vie enfermée dans le kiosque), elle donne à son personnage la capacité de rebondir malgré son immobilité. Après tout, son bonheur, c’est d’être là pour les autres.
Olga est un personnage que l’on n’oubliera pas de si tôt. Elle est attachante et courageuse. Et même si elle laisse quelques petites choses derrière elle, ce n’est rien comparé à ce qu’elle découvre dans sa nouvelle vie.

voir le film d’animation sur vimeo.com/258238541

Joue à retrouver les personnages de l’histoire sur le site de l’école des loisirs

Kiosque, Anete Melece, éditions Pastel