Oh oh oh, les beaux cadeaux hors Québec !

Peut-être ne l’avez-vous jamais vu car il se lève dès potron-minet quand vous dormez encore… Ainsi commence ce bel et délicat album d’Anne Herbauts, Matin Minet.  « Potron-minet », cela veut dire le petit matin, l’aube, le Point du jour. Ce sera la quête poétique de Matin Minet à travers la nature, la douceur de la découverte, la curiosité ouverte sur ce que chacun propose. Pour l’ours, le Point du jour est une goutte de miel. Pour l’araignée, un point, même si elle file et ne brode pas. Pour un petit roitelet moqueur, Le soleil ne se couche jamais, il s’en va. De l’autre côté du monde. Et le Point du jour, c’est sa promesse qu’il revient toujours. Son point d’honneur. Sa parole.
Ah, la belle intimité tissée avec la nature et les sensations de ce qui nous entoure ! C’est aussi ce qui définit l’art d’Anne Herbauts avec ses illustrations d’encres, de gouaches et de collages. Lire un extrait

Bien que je sois nulle en dessin, je m’exerce avec un neveu à dessiner l’arbre de Noël. Il râle et décide que « c’est raté ».  Si vous aussi, vous connaissez des enfants qui perdent vite confiance en leur talent, alors lisez-leur Le livre des erreurs, de Corinna Luyken. Ce livre réparateur  montre le début d’un dessin manqué avec un œil mal fait, trop grand. Tiens, on le cache en ajoutant des lunettes. Quelle bonne idée ! Mais voilà qu’en voulant dessiner le corps, le coude est aussi manqué, bien trop pointu…
À chaque erreur, une idée astucieuse pour la rattraper et surtout la transformer. De fil en aiguille se crée ainsi une histoire insolite et inattendue, sans véritable fin.
Une erreur, ce n’est pas la fin du monde. C’est plutôt le début de tout.
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Évoquant le dessin, impossible de passer à côté du deuxième album de Timothée Le Véel, Le lièvre et les lapins,  qui confirme son talent et son magnifique coup de crayon ! Grâce à ses cadrages, à la dynamique du mouvement, à l’expressivité des formes, il capte l’attention du lecteur dans l’action et l’originalité du rythme de son récit. En donnant une telle grandeur aux lapins et aux lièvres, à travers cette histoire de solidarité et de différences, le loup n’a qu’à bien se tenir.

Enfin, j’ai bondi de joie à la parution des deux nouveaux « Quichon » d’Anaïs Vaugelade. Je savais que je les aimerais avant même de les lire tant j’adore les premiers albums de cette série (avec un petit faible pour L’animal domestique d’Hermès Quichon). Alors si vous ne connaissez pas encore cette famille, vite précipitez-vous. Chaque livre est le portrait d’un enfant Quichon. Et il y en a soixante-treize. Des années de bonheur en perspective !

Avec ces deux nouveaux albums, Le premier frère de Mimi Quichon, et La recette de Sacha Quichon, Anaïs Vaugelade retrouve sa verve tendre et rigolote, son sens du détail qui transforme la réalité en une aventure fantastique et ce brin d’ironie qu’on lui connaît bien. Les petits Quichon sont peut-être l’équivalent des poussins de Claude Ponti… Ils ont cet appétit de vie, cet enthousiasme jamais gâché par les plus rabat-joie, cette innocence qui permet tout. Quant à leurs parents aux regards attentifs et compréhensifs, patients et admiratifs de leur progéniture, on les veut comme parents !
J’avoue mon admiration pour tant de choses racontées en si peu de pages. Génial.

Alors, dès potron-minet, plongez dans ces lectures poétiques, tendres et drôles.
Matin Minet d’Anne Herbauts, éditions Pastel
Le livre des erreurs, de Corinna Luyken, éditions Kaléidoscope
Le lièvre et les lapins, de Timothée Le Véel, éditions Kaléidoscope
Le premier frère de Mimi Quichon, et La recette de Sacha Quichon, d’Anaïs Vaugelade, éditions l’école des loisirs

Oh oh oh, les jolis cadeaux du Québec !

C’est le temps de lire, c’est le temps du temps qui nous est offert pour partager des histoires. Une pause pour rigoler, admirer, se fasciner en ouvrant l’un de ces albums qui étaient au pied du sapin. J’ai commencé par Tata veut Toto avec ma petite Adèle qui, du haut de ses quinze mois répétait « Toto », « Tata » avec grand plaisir. Bon elle était un peu petite pour comprendre la créativité et la pugnacité de Tata à vouloir rejoindre son Toto dans le ventre de Didi, mais elle pointait du doigt les personnages avec bonheur. Et moi je me suis régalée de constater que la suite de Toto veut la pomme est largement à la hauteur de la prise de risque des personnages! Bravo Mathieu Lavoie pour cette suite très réussie.

Je me suis ensuite laissée emporter par la beauté des illustrations de Levi Pinfold dans Le Barrage , de David Almond (traduction de Christiane Duchesne). Comment ne pas être sensible à la musique du texte, la musique qui porte les souvenirs du temps qui passe, la musique pour se laisser aller à danser ? Au-delà des évènements, c’est elle qui nous rassemble, c’est elle qui nous rappellent ce qu' »ILS » ont fait. Cette histoire grandiose est inspirée d’un fait réel relaté en dernière page, la construction du plus grand lac artificiel du Royaume-Uni.
Découvrez l’album
https://www.youtube.com/watch?v=WqPoeSmtb48&feature=youtu.be

Enfin, comment résister aux illustrations aquatiques et aériennes de Rogé sur ce texte limpide de Kim Thúy dans Le poisson et l’oiseau. Un texte nécessaire sur notre capacité à expérimenter la connaissance de l’autre, à l’apprécier pour mieux jouir de la vie. La très grande taille de l’album permet au lecteur d’être dans l’eau ou dans les airs avec l’oiseau et le poisson qui parfois se fondent et deviennent presque abstraits. On vole, nage et l’on s’amuse. Oui, il y a un peu de nous dans chaque personne qui nous entoure.

Mon dernier choix est relié directement au Noël que j’ai vécu puisqu’y étaient rassemblées quatre générations. Ce sont des moments inoubliables que nous rappelle cet album frais et touchant, Si le monde était, de Joseph Coelho et Allison Colpoys. Les histoires passent leur temps à s’écrire malgré ou grâce à nous. Personne ne pourra arrêter l’horloge des récits. Ils nous sont nécessaires pour grandir et comprendre ce que nous sommes, de quoi notre part invisible est fait. Au-delà de l’émotion ressentie par la disparition du grand-père dans cet album, c’est la force de la transmission qui donne du sens au récit.

Toto et Tata veulent tous ces livres !
JOYEUSES FÊTES À TOUTES ET TOUS ! 
Tata veut Toto éditions album
Le Barrage éditions D’eux
Le poisson et l’oiseau éditions La Bagnole
Si le monde était… éditions Les 400 coups

Voler dans l’univers de Natali Fortier

1,2,3, Volez !  Je dénoue avec délectation le petit ruban rouge du leporello, un livre accordéon qui se déplie et prend son envol, en quelque sorte. Quelques notes, et c’est parti à travers la portée musicale des couleurs et des mots de cette volière agitée d’envies, d’émotions, de sensations !

Si les oiseaux magnifiques de Natali Fortier restent de papier, le lecteur lui, s’envole avec chaque petite bête à plumes. Chacune son caractère, sa façon d’étendre ses ailes ou au contraire de les serrer contre son petit corps, de marcher sur ses deux pattes ou d’affronter le monde. Chacune sa façon d’exprimer les choses. Les oiseaux colorés de Natali Fortier rassemblent à tout ce que nous sommes dans notre diversité, nos comportements, nos fragilités, nos physiques.
Sur les dernières pages qui se déploient, ils s’envolent tous ensemble et l’enfant que nous sommes se mêle à cet élan.

L’univers de Natali Fortier est poétique, coloré, expressif. On sent la « plasticienne » à travers ses livres qui chaque fois nous surprennent. Découvrez-la  et découvrez son univers:
https://natalifortier.autoportrait.com

De la sanguine au fusain, du crayon de couleur à la gouache, de l’huile à la terre, du carton au papier, elle passe de la lumière à la noirceur, du grand au petit, du léger à l’inquiétant. Cette liberté qu’elle assume fait naitre des univers toujours surprenants d’un livre à l’autre. Dans Forêt noire, j’ai vu des réminiscences d’esprits innus se promener dans la nuit sous le regard tantôt amusé, tantôt contrarié de la lune.  Des personnages aux contours toujours inattendus : faces joufflues ou tordues, corps distendus ou ramassés, dansants ou figés. Dans cette forêt, au son de la musique nocturne, on se surprend à vouloir embarquer dans la farandole des saltimbanques qui portent aussi en eux un peu de la folie de Jérôme Bosch.
Grâce à un montage raffiné, au fil de la promenade, l’ artiste projette le personnage nouvellement rencontré dans la forêt sur la page de droite, dans un trait bistre. C’est vraiment intéressant ce dédoublement de personnage, un peu comme si elle le sortait de la forêt noire des songes pour lui donner plus de réalité.

Les mondes de Natali Fortier sont de rêves, de rencontres et de poésie.
Je vous invite à voler dans ses livres !

1,2,3, volez ! Éditions Albin Michel

Forêt noire, Éditions du Rouergue (à paraître)

Et aussi cette magnifique histoire d’amour :  L’amour ça vaut le détour  chez Albin Michel (2016)

En Adélie

Sur la première page de garde, une petite fille, le nez plongé dans son livre. Il y a une certaine tristesse au regard de cette page qui la montre derrière une sorte de grillage en croisillons. Puis on découvre immédiatement, au début de l’histoire, que ce « grillage » n’est autre que la fenêtre derrière laquelle elle se tient et d’où elle regarde l’enclos des cochons.
Chacun est dans son monde au début de l’histoire d’Adélie (éditions D’eux). La petite fille dans sa maison. Les petits cochons dans leur enclos.
Mais qui est Adélie ?
Cela devient encore plus mystérieux la nuit lorsqu’on observe un petit cochon sortir de l’enclos pour se rendre dans la maison.
Une succession de pages nocturnes sans texte invite le lecteur à suivre la petite silhouette rose qui nous entraine peu à peu vers la bibliothèque. Car Adélie, la petite cochonne se régale des histoires et de chaque nouveau livre qu’elle ouvre.
Le secret de sa vie nocturne sera pourtant révélé à la petite fille qui ce soir-là n’arrive pas à dormir et la surprendra.  Éveline et Adélie seront désormais complices à deux, dans le besoin de partage qu’impose la lecture. Un bonheur contagieux si l’on en croit la dernière page.

Coup de chapeau au scénario bien mené, à cette jolie chute de l’histoire, à l’atmosphère très invitante pour le lecteur et aux cadrages qui lui permettent d’être aussi complice. Et surtout au talentueux coup de crayon d’un créateur que je découvre ici, Jean-Claude Alphen, dont la lumière dévoile les petits pas d’Adélie dans la maison (il nous semble les entendre) et son bonheur devant la gigantesque bibliothèque. Il glisse des détails qui ne sont jamais redondants ou certains clins d’œil amusants comme le rose des joues d’Éveline qu’Adélie observe sur son portrait dans le couloir.
« Il y a des souvenirs d’enfance dans ce texte », dit Jean-Claude Alphen  à la fin du livre. Il est clair qu’autant de livres à portée de mains promet à un enfant d’y trouver le désir de lire et celui de le partager.

Sur la dernière page de garde, une petite fille et une petite cochonne, le nez et la truffe plongé.es dans leurs livres. Tiens, la couronne de fleurs d’Éveline est passé sur le crâne rose d’Adélie !? En Adélie, il y a maintenant un peu d’Éveline et en Éveline, un peu d’Adélie.
On a tous besoin d’histoires, parce qu’on se sent moins seul.

Découvrir le site de Jean-Claude Alphen: https://www.jeanclaudealphen.com