Promenade

Dans son album Promenade, l’artiste coréen Jungho Lee rend hommage aux livres et à la littérature, mais surtout à leur capacité à nous faire voyager dans des mondes imaginaires. L’écrivain Bernard Friot en offre une adaptation poétique faisant appel à nos sens et notre empathie.

Dans ce poétique hommage à la lecture, l’auteur invite une petite fille à une lecture-voyage de la vie à travers le livre, mise en scène à chaque page dans une atmosphère mystérieuse aux accents surréalistes.

Livre aile d’avion, livre fenêtre, livre entre les mains d’une statue, livre miroir…Le jeu entre les somptueuses illustrations bleutées et le texte invite le lecteur à comprendre que la vie est un échange d’âme à âme, et que l’art sert cet échange. En regardant une œuvre d’art ou en lisant un texte littéraire, nous sommes invités à être ce personnage du tableau, à vivre les émotions du héros d’un livre. Nous ressentons sa solitude, sa joie ou sa tristesse. Nous avons ce pouvoir d’être l’autre par empathie. Rappelons-nous que le terme ÉMOTION veut dire littéralement « mettre en mouvement ». L’art (que ce soit la littérature ou les arts visuels) nous met en mouvement puisque il provoque chez nous des émotions, des pensées, des réactions.

Les images de l’objet livre chaque fois métamorphosé, évoquent le passage du temps et font référence à d’autres éléments culturels. J’ai pensé au travail de Chris Van Allsburg, j’ai vu un clin d’œil évident au conte du Petit Chaperon Rouge et certaines mises en scènes évoquent l’art d’un Edward Hopper et plus encore du canadien Christopher Pratt.

Conseil pour des enseignants curieux d’exploiter ce livre:
Les phrases posées sous les illustrations à chaque page (comme dans Les mystères d’Harris Burdick  de Chris Van Allsburg) invitent à réfléchir, à échanger. On pourrait considérer ainsi donner l’élan à des conversations entre élèves. Mais vous pourriez aussi offrir ces illustrations afin de leur proposer une création poétique personnelle.

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À la rencontre du tigre du Bengale

J’aime flâner au hasard des rues, entrer dans une librairie, puis me laisser porter par le choix d’un libraire. Proposezmoi un coup de coeur, ai-je dit en entrant dans la Galerie-Librairie Les originaux rue Saint-André des Arts à Paris, dans le 6e. Je n’ai même pas voulu entendre parler de l’histoire que pourtant la libraire mourait d’envie de me livrer. Je ne connaissais pas son auteur ni son illustrateur. Le livre est entré dans mon sac et je savais qu’il me réserverait une surprise de taille. J’avais confiance en cette jeune femme passionnée qui souhaitait partager sa trouvaille. Je me disais aussi que c’était un bon moyen de surprendre les enfants. Glisser un livre dans leur sac, ne s’attendre à rien mais s’attendre à tout.

PANTHERA tigris s’inspire de Sani Prajnanpad, maitre indien (1891-1974), qui disait « ne pensez pas, voyez! ». Il disait aussi que « le contraire de l’illusion, c’est la vérité. Le contraire du mental, c’est voir. » Autrement dit, un maitre qui encourage à expérimenter, à être actif pour découvrir la vie.

Racontée par Sylvain Alzial et illustrée par Hélène Tajcak (éditions du Rouergue), PANTHERA tigris est l’histoire d’un savant très savant, qui « passait ses journées à lire ». (…) »ses connaissances étaient immenses ». Mais voilà qu’il s’entiche du Tigre du Bengale dont il ne sait rien et décide de partir dans la jungle indienne à sa rencontre, muni de son savant livre.

Le tigre. Quel animal! Certes il est déjà bien connu des enfants. Que l’on pense au livre de la jungle et à la fascination qu’il exerce  sur nous. Il se fait rare sur terre, on redoute sa puissance, on le protège, on le chasse.

Accompagné dans sa quête par un jeune homme simple qui connait parfaitement la nature  et n’a pas lu de livres, le savant s’enfonce dans la jungle à la rencontre du noble animal. Au fil des pages, il nous apprend tout, de ses dents à ses griffes rétractiles, de  sa vue aux poils de sa moustaches que l’on nomme vibrisses. Ce savoir qu’il récite sans jamais écouter les mises en garde répétées du jeune homme, s’accompagne d’illustrations créant au lecteur un jeu entre savoir et imaginaire. Certaines pages ressemblent à des planches de sciences naturelles, d’autres sont plus imaginatives et contemporaines dans leur facture.
C’est alors que surgit le tigre. Face à la bête sauvage et à ses rugissements, malgré tout ce qu’il a appris dans ses planches anatomiques, le vieux savant prendra la fuite en hurlant.

En peu de pages, cette histoire soulève des propos bien intéressants. Que veut dire apprendre, savoir, connaitre? Et lire ?
À la simple mais essentielle question pourquoi lit-on?, l’histoire répond …pour voir! Mais voir, alors, qu’est-ce que ça veut réellement dire?
À vous de voir. Un petit clin d’oeil vous est offert en 4e de couverture.

Les enfants adoreront la tension qui monte jusqu’à la fin, ponctuée par les avertissements, et décideront s’ils le veulent du sort promis au savant, et au jeune homme moins savant. Ils pourraient avoir envie d’autres livres dans ce genre. J’ai pensé au Loups d’Emily Gravett chez Kaléidoscope. Un délice.

 

 

Claude et Morino, on s’envole !

Si vous cherchez un récit qui s’envole, avec des situations comiques, de l’inattendu, et des personnages attachants, n’allez pas plus loin, prenez Claude et Morino, l’album d’Adrien Albert publié à l’école des loisirs. Précisons qu’il s’agit plutôt d’une première bande dessinée en 6 chapitres. La page couverture est prometteuse de grandes péripéties et votre jeune lecteur ne sera pas déçu.

C’est d’abord une histoire de rencontre insolite entre Morino, un jeune taureau et Claude, un squelette que Morino réveille en faisant pipi. Je préfère vous laisser découvrir les circonstances exactes de cette rencontre, qui installent le récit dans une atmosphère absurde et comique.

Morino, c’est le personnage tranquille des petites habitudes, qui s’apprête à partir en vacances au bord de la mer. Claude c’est celui qui va bouleverser en deux temps trois mouvements la vie bien rangée de ce dernier. Il est aussi porteur d’une malédiction : « Quand un squelette réveilleras, auprès pour la vie resteras ».
Claude ignore tout de la vie terrestre, mais Morino le taureau en sait-il tellement plus? Il tente de garder son calme en voyant les bêtises que fait le squelette dans sa caravane où il sème la pagaille, mais bientôt tout s’envole. Au sens propre et figuré.
La caravane devient bateau, les affaires de Morino valsent sans dessus dessous, les deux amis manquent de se noyer et Claude se retrouve  en mille morceaux. Les « éléments super puissants se déchainent ».
Oui le récit s’envole autant que les images. Ça bouge, ça roule, ça vole, ça a du rythme tout cela.
Tout semble compliqué et pourtant tout est simple! Et d’aventure en aventure, nous voici plongés dans un univers onirique avec une histoire de fantôme qui sème des vers de Baudelaire.
En plus, la malédiction ne fonctionne même pas. C’est à dire que rien n’explose même s’ils ne sont pas « auprès de ».  En fait, d’une histoire de rencontre c’est devenu une jolie histoire d’amitié.
D’autres aspects m’ont beaucoup séduite : la façon de communiquer de Claude prenant ses précaution avec Morino dans les premiers échanges, « Morino, pourrais-je me faire une tartine? ». Ou  le « coucou terre chérie » que crie Claude, alors sauvé de la tempête. Et quand Morino demande à Claude ce qu’il pense du fantôme : « Vide. Juste un drap et rien sous le drap ». On n’étonne pas un squelette aussi facilement!

La vivacité et l’humour du récit sont en adéquation parfaite avec les illustrations. On se laisse porter par le vent de l’absurde, on est touchés par le besoin qu’ils ont l’un de l’autre. Claude et Morino.
Et après les vacances, Adrien Albert, que se passera-t-il?

Voici l’accès au BONUS : Imprimer et assembler le squelette dessiné par Adrien Albert https://media.ecoledesloisirs.fr/show-bonus-jeu.php?id_bonus=2901

Tiens, pour vous aider à reconstituer Claude le squelette, voici le livre d’une certaine Anaïs Vaugelade, qui peut vous être utile,  Comment fabriquer son grand frère .

 

C’est quoi ?

En observant la page couverture, j’ai d’abord pensé aux « monte-en-l’air » de la vallée des Touim’s de Claude Ponti dans Ma Vallée, pour finalement faire un lien vers La chaise bleue de Claude Boujon, en fin de lecture. Vous allez comprendre pourquoi.

C’est quoi?  est une nouvelle aventure des toutous bien connus de Dorothée de Monfreid (cf. Tout tout sur les toutous, Le plus gros cadeau du monde, Un goûter sur la lune…). Cette fois, ils reçoivent un cadeau de Zaza (on aperçoit quelques lettres de son nom sur le paquet). Curieux, les toutous ont hâte de découvrir ce qu’il y a dans l’emballage. L’excitation de la curiosité est magnifiquement rendue par l’attitude de chacun.  Puis la curiosité fait place à la surprise à la fois pour les toutous, mais aussi pour le lecteur. Cette chose qui n’est autre qu’un grand parapluie rouge, qui, nous le savons, devrait donc servir à s’abriter de la pluie mais voilà que les toutous en font une balançoire…

C’est ce petit jeu qui est intéressant dans cet album très réussi: ce que sait le lecteur et ce qu’imaginent les toutous avec cet objet qu’ils semblent découvrir pour la première fois. De balançoire en piscine, de cabane en cerf-volant, les toutous vont au-delà de notre imagination. Une invitation à expérimenter, s’amuser, réinventer l’utilité d’un tel objet.
Exactement comme Escarbille et Chaboudo le font avec  La chaise bleue qui devient objet de leurs jeux de rôles. La chute, cependant, est différente. Si dans La chaise bleue, un intrus « qui n’a aucune imagination » vient contrarier nos deux comparses qui abandonneront leur chaise au final, ici, dans C’est quoi ?, le groupe des neuf toutous trouve l’utilité leur cadeau. Un cadeau du ciel!

Ajoutons la touche d’humour pétillante typiquement « monfreidienne » et vous aurez un album réjouissant à lire, valorisant inventivité, coopération et plaisir.  C’est l’art des albums réussis: une apparente simplicité et une petite réflexion sur notre capacité naïve à réinventer le monde. Parfait au préscolaire.

Vous voulez mettre l’eau à la bouche des enfants? Alors découvrez plein de toutous dans Tout tout sur les toutous 
Vous souhaitez faire un projet « chien » alors sachez que Dorothée de Monfreid mélange toutes les races de chien, des tout petits aux très gros. Une magnifique occasion d’aller en savoir plus sur ces fidèles amis des humains.

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