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Esther Andersen

Publié chez Gallimard Jeunesse, cet album, Esther Andersen, écrit par Timothée de Fombelle et admirablement illustré par Irène Bonacina, deviendra à n’en pas douter un classique de la littérature jeunesse.
Parce que finalement, ça sert à quoi, la littérature ? À faire battre notre cœur, à nous imaginer et, comme l’a si bien écrit Timothée de Fombelle pour le Manifeste On a tous besoin d’histoires, à « agrandir nos vies ».

Comme vous sans doute, je me réjouis sans cesse de la qualité qu’offre la littérature d’aujourd’hui pour la jeunesse ! Si à 10 ou 12 ans, j’avais eu accès à un tel album, je l’aurais, je crois, lu et relu. Je m’y serais enfouie, j’aurais été ce jeune garçon foudroyé par une émotion profonde et marquante pour la vie.
Oui, si j’avais eu 10 ou 12 ans, je crois bien que je me serais souvenue de cette lecture jusqu’à mes vieux jours. Parce que c’est aussi cela, la littérature, une trace que laissent les mots quand ils parviennent jusqu’à nous, le pouvoir de nous transformer, de nous offrir un espace libre d’exploration de nous-mêmes.

Esther Andersen (petit clin d’œil à H-C Andersen, magicien des contes ?) c’est cette apparition dans la vie d’un jeune garçon qui passe ses vacances comme chaque année, chez l’oncle Angelo.
Ce sont des vacances qui sentent la liberté, les blés, les spaghettis, les lectures à la lampe de poche et la découverte. Les journées se suivent, remplies de mots et de silences.
Dans le vaste espace blanc des pages, le trait d’Irène Bonacina est vif et fin, les personnages parfois tout petits et légers, comme si l’illustratrice souhaitait nous faire sentir le vent du large et la chaleur de l’été. Elle offre à la lectrice, au lecteur, une place pour entrer dans l’histoire. On compare cette illustratrice à Sempé, à Quentin Blake, à juste titre. Elle est de cette trempe !

Les vacances  avaient la forme d’un escargot avec la maison au centre, et je faisais des cercles de plus en plus grands pour tenter d’arriver au bord. 

La narration, belle et poétique, comme toujours avec Timothée de Fombelle, est agrémentée de fragments de dialogues, écrits discrètement près des personnages comme pour ne pas gâcher le trait fin et subtil d’Irène Bonacina. Tout est dit, pressenti, sans rien de trop dans ce récit des premiers émois à rendre jaloux celles et ceux qui ne s’en souviennent pas. Des adultes qui ont oublié leur vie d’enfant dans un coin de leur cœur…

Le rapport à la nature est fort, autre caractéristique de l’auteur. Les éléments sont puissants : l’immensité du ciel et des champs de blé jaunes, les nuits bleutées et les arbres qui rythment les chemins. Et la mer, oui, la mer que découvre le garçon juste avant d’apercevoir Esther Andersen, ses roues de vélo s’enfonçant dans le sable. C’était là et je ne l’avais jamais su.
Notez bien qu’il n’a pas dit « vu » mais « su ». Savoir que cela existe désormais, élargit sa vie. La mer, l’eau symbole de renouveau, de renaissance et de baptême.

Pourtant je n’avais pas vu la plus grande vague. Celle qui est arrivée par la plage comme une surprise.
Double rencontre donc : la mer et Esther. Ça rime.
C’est à ce moment-là du texte que le lecteur pressent combien la vie du garçon va changer, mais aussi celle d’Esther. Il est de dos. Elle le regarde. L’instant d’après (page suivante), il la regarde. Elle n’a pas bougé. Face à face, figés tout deux dans l’émotion, sortant de leur petite enfance.
La vie est imprévisible.

Et puis, il y a ce goût pour les récits dans Esther Andersen : les centaines de livres accumulés dans ces caisses autour du lit du garçon, les histoires de l’intarissable oncle Angelo, le son d’un accent anglais apportant son exotisme, le plan tracé dans le sable pour retrouver Boogie, le chien d’Esther, comme une écriture reliant les deux enfants. Même dans le silence, il y a des histoires.

C’est un album des premières fois : celle où l’on ose s’aventurer plus loin, celle où l’on ose rêver d’un visage, celle où un jeune garçon pense à Esther Andersen. Il y a comme un enchantement à rêver dans ce livre qui prend son temps pour nous livrer une histoire d’amour, tout simplement.
Une histoire d’amour et de métamorphose.

Lire Esther Andersen c’est faire acte de résistance. Résistance au temps pressé, résistance à la superficialité, aux certitudes, au monde bruyant et bavard pour rien, aux images criardes.
Le proposer à toutes celles et ceux qui n’ont pas encore osé plonger dans un gros roman, est une joie supplémentaire.
De toute façon, vous le lirez de sept à 97 ans. Vous avez tout le temps.

Site d’Irène Bonacina

Esther Andersen sur le site de l’éditeur

Pour feuilleter l’album sur le site Gallimard Jeunesse