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JEFFERSON

C’est vrai, je lis moins de romans jeunesse ces temps-ci, souvent plus attirée par la beauté des albums. Mais le passage de Jean-Claude Mourlevat à Montréal, l’auteur du magnifique Combat d’hiver a  rendu inévitable la lecture de son dernier né: JEFFERSON (Gallimard jeunesse).

Ce texte enlevé, enlevant et plein d’humour, s’adresse aux 9-12 ans. Et ils vont le dévorer! Pourquoi? Parce que dans le genre original du roman-policier-animalier, c’est fabuleusement, astucieusement réussi. L’intrigue bien menée mettra en tension le monde des animaux à celui des humains, deux mondes comme une métaphore qui colore le récit. Et puis, comment résister à Jefferson, ce héros touchant, un hérisson dont la vie bascule alors que tout allait bien ce matin-là, et qu’il se faire couper la houppette par  son coiffeur chéri, Monsieur Edgar, et retrouver  la ravissante Carole chez Défini-Tif.
Action, rythme, humour, émotions. Un cocktail irrésistible.

Mais revenons un peu à l’histoire: d’innocent, Jefferson se retrouve en quelques secondes accusé d’un meurtre horrible. Pour découvrir le véritable coupable, quand toutes les apparences jouent contre vous, le mieux est de faire l’enquête soi-même. C’est pourquoi Gilbert le convainc de prendre la fuite. Gilbert, c’est son acolyte, un cochon, ami de toujours, son complément, son allié, en permanence de bonne humeur. Et voilà, l’aventure est partie, nous entrainant sur des chemins inattendus. Je ne vous dirai d’ailleurs pas par quel moyen Gilbert et Jefferson prennent la fuite, ce serait trahir une idée astucieuse de l’auteur.

Grâce à cette formidable aventure, Jean-Claude Mourlevat soulève la question de notre rapport aux animaux tandis que l’enquête mène vers l’horreur de l’élevage en batterie. Si les animaux découvrent, atterrés, le traitement que les hommes leur infligent, l’auteur se garde de manipuler ses personnages pour faire le procès de qui que ce soit. Il ouvre simplement et avec humour (malgré un tel sujet), les yeux du lecteur.
Ajoutons le goût des détails qui rend l’écriture et  la personnalité des protagonistes plus pétillantes encore. Comme par exemple ce livre que Jefferson aime tant, Seul sur le fleuve, dont le héros Chuck nourrit ses rêveries. Oui, à travers cette aventure mouvementée, Jean-Claude Mourlevat évoque aussi le pouvoir des livres.

Dans ce texte, les doutes, la peur, le risque, les émotions et la solidarité indéfectible des animaux (que nous aimerions humaine), se lisent avec une légèreté parsemée d’humour et de jeux de mots dont on sent l’auteur se délecter. On y ressent son bonheur d’écrire, un bonheur qui nous rappelle la Ballade de Cornebique dont l’auteur se plait à dire qu’il est son texte préféré.

Ajoutons que les illustrations en noir et blanc d’Antoine Rozon rythment joliment le livre.
À recommander sans hésiter en dégustant un plat végan…avec la jolie Carole?

Chez Gallimard jeunesse:
Jefferson – La ballade de Cornebique