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La Grande Forêt

Il est des livres qui s’insinuent en vous avec le temps, des livres qu’on laisse de côté un moment, puis qui reviennent sans prévenir par la grâce d’un personnage ou d’une image qui surgit soudain dans votre esprit.
Je n’avais rien écrit à propos de
La Grande Forêt, Le pays des chintiens, d’Anne Brouillard, et voilà qu’aujourd’hui, cette forêt  m’appelle.
Peut-être n’y avais-je pas vu tout ce dont je vais parler aujourd’hui au moment de sa parution, peut-être que l’album avait besoin de prendre racine en moi.
Il me semble aujourd’hui indispensable d’en dire quelques mots.

Quand Anne Brouillard évoque son livre, elle dit c‘est un livre qui vient de loin et de longtemps : la grande forêt suédoise, les lacs, la cabane, le rocher aux inscriptions, ce sont des éléments de paysage du pays où vécut sa mère.
Mais ce pays des Chintiens, elle l’a aussi créé pour y faire vivre des personnages qui prenaient de l’importance dans son univers. Comme s’il fallait leur donner de l’espace pour qu’ils s’y expriment.  Comme Killiok, le chien noir au gros museau dont on trouve la genèse dans des livres précédents. Il aime être chez lui, manger des gâteaux. Quant à Veronica, c’est l’aventurière, elle possède des cartes, et l’exploration ne lui fait pas peur.

Anne Brouillard prend soin de nous faire entrer dans l’aventure tranquillement. Elle propose au lecteur des points de repères grâce aux cartes qui permettent de mieux suivre la quête de Killiok et Veronica. Une quête qui leur permettra de retrouver leur ami Vari Tchésou. Elle prend son temps car cela vaut la peine que le lecteur s’imprègne de l’atmosphère, des lumières et des couleurs. Il faut qu’il anticipe, s’inquiète et s’étonne, comme les personnages. Il faut qu’il déguste cette partition poétique qui s’exprime autant dans les illustrations bleutées que dans les mots. Il faut qu’il ose s’aventurer lui aussi dans les corridors mystérieux de la forêt.

Entre album et bande dessinée, le lecteur a la grande liberté de lire à son rythme. Il peut prendre une pause à la fin de chaque chapitre (il y en a 8), passer du récit aux dialogues installés dans des bulles, s’éterniser sur de merveilleuses illustrations pleine page. Tout cela se déguste comme les bonbons à la rosée de nénuphar des bébés mousse.

Comme lectrice, j’ai senti un grand élan de tendresse à regarder nos héros évoluer, j’ai admiré leur courage et la façon dont ils prennent soin l’un de l’autre. Killiok, Veronica,  Chat Mystère, tous sont attachants. Et l’histoire est avant tout une grande histoire d’amitié.
Pour ceux qui aiment l’aventure, le récit et les illustrations sont remplis d’indices souvent cachées dans la nuit qui glisse entre les arbres. Ah, les nuits de la Grande Forêt. Comme elles sont belles et remplies de mystères!

C’est étrange, dit Killiok, les choses existent même quand on ne les voit pas. Je vous laisse alors voir les choses comme vous l’entendez, au pays de chintiens. C’est la plus belle façon d’y entrer.