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La carte des nuages

Avec La carte des nuages, on a le bonheur de retrouver le duo Michael EscoffierKris Di Giacomo dont la complicité n’est plus à démontrer.
Rappelons le succès de livres tels que Le jour où j’ai perdu mes super pouvoirs, La petite bûche  ou  Sans le A (l’Anti-abécédaire) prix jeunesse des libraires du Québec en 2013, ou dans un autre registre, La leçon, histoire terrible dans tous les sens du terme, et philosophique. Je vous invite à lire mon article à ce propos.

Michaël Escoffier choisit des illustrateurs ou des illustratrices qui ont la touche humoristique parfaite pour compléter ses textes. Entre autres, Mathieu Maudet (Un enfant parfait), Manon Gauthier (Comment cuisiner les lapins) et bien sûr de Kris Di Giacomo.

L’intérêt de cet album, La carte des nuages, est le contrepoint apporté par l’illustration. Contrepoint parce que si l’on se contente du texte pur, il n’a rien d’ humoristique alors que les illustrations, elles, sont souriantes.
C’est une histoire touchante et un peu nostalgique, celle de Kumaï, une femelle orang-outang solitaire qui sauve, soigne et adopte un oisillon ayant failli se noyer. Sa solitude est comblée par l’arrivée impromptue de ce bébé qui fait « piou, piou », alors elle l’appelle ainsi. Piou.

 « Elle ne le quittait jamais des yeux plus d’une seconde, de peur que ce cadeau du ciel ne disparaisse entre les griffes d’un prédateur ».

Et oui, c’est un gros travail de s’occuper d’un tout-petit. Le nourrir, le surveiller sans cesse…Kumaï s’attache à Piou comme à son propre enfant et comme tout parent, elle s’inquiète aussi : « Elle savait qu’un jour il devrait la quitter pour voler de ses propres ailes. Mais le ciel était si vaste… Comment ferait-il pour ne pas se perdre ?»

C’est justement en réfléchissant à cette angoisse que Kumaï se lance dans un projet fou, celui de dresser une carte des nuages. Quelle idée gé-niale ! Mais …est-ce seulement possible ?

C’est une idée que comprendront en tous cas bien des enfants qui jouent à voir dans le ciel toutes sortes d’animaux. Sur sa carte, Kumaï dessine et écrit le nom des nuages qu’elle observe : CRABACOCO, ELEFURAX, CROCOTUTU. Et « pour les nuages qui ne ressemblent à rien, Kumaï inventait des noms ».
La tâche est énorme. Kumaï avait l’impression qu’elle n’aurait jamais terminé avant que l’oisillon prenne son envol. Elle est tellement absorbée et préoccupée qu’elle réalise un jour que l’oisillon est devenu  plus grand. Un autre jour encore, …qu’il avait disparu.

Vous l’aurez compris, c’est bien sûr une histoire sur l’attachement et le temps qui passe. Mais le clin d’œil est clair aux préoccupations qui nous aveuglent et nous font parfois passer à côté du meilleur. Kumaï veut tellement et peut-être trop, pour protéger son Piou, qu’elle ne voit pas sa métamorphose. Et quand il est parti, c’est trop tard…Mais peut-on vouloir trop pour son enfant ?

La métaphore est belle car contrairement à l’oiseau, Kumaï qui est orang-outang, ne volera jamais. Son petit, d’une autre espèce, s’en va donc dans un espace inconnu. Elle qui le protégeait des prédateurs qu’elle connaissait, ne peut désormais plus rien contrôler. C’est donc avec un peu de nostalgie qu’elle le regarde s’envoler vers les nuages.

Quel talent, cette Kris du Giacomo ! Elle nous laisse deviner, pressentir, admirer, elle multiplie la variété de ses cadrages, et elle raconte aussi avec son trait, ses collages et ses pastels, les émotions de Kumaï. Elle traduit sa délicatesse autant que son inquiétude.
Dans l’ampleur des pleines pages, l’illustratrice travaille des tonalités bleu-gris sur lesquelles la couleur orange de l’orang-outang se détache bien. Ses textures sont chaleureuses, ses découpes se mêlent formidablement à l’ensemble.
Comme souvent, elle aime ajouter des « figurants » plutôt comiques (écureuil, ver de terre..), comme des spectateurs du récit et le lecteur lui-même.
Elle vient même semer le doute en ajoutant un détail de taille dans l’illustration de l’avant dernière page. Bref, Kris Di Giacomo propose une narration visuelle de l’histoire passionnante.

Enfin, en écrivant et en dessinant sa carte des nuages, Kumaï montre sa capacité à rêver, à penser le monde. Laissons rêver nos enfants. Qu’ils dressent leur propre carte des nuages pour oser s’envoler et mieux revenir.

La carte des nuages Michaël Escoffier et Kris Di Giacomo , éditions Kaléidoscope.
BONUS : Une carte postale à imprimer

Rappelons aussi ses livres publiés au Québec chez D’EUX