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Mauvaise herbe

La mauvaise herbe, c’est la nature qui reprend ses droits. Elle pousse au coin des immeubles, sur le haut d’un toit, entre deux dalles de béton. La mauvaise herbe, c’est aussi le titre de cet album de Thibaut Rassat(Les éditions de La Pastèque), un livre aussi haut qu’un immeuble d’Eugène, l’architecte qui vit au 45 de la rue Pythagore.

Ils sont rares les albums qui parlent d’architectes et d’architectures. Citons ceux du célèbre vulgarisateur David Macaulay, l’extraordinaire livre pop-up  5 maisons (Éditions Les Grandes Personnes) ou récemment Corbu comme Le Corbusier (Éditions La Joie de lire). La mauvaise herbe est dans l’esprit dynamique et vivant de ce dernier, peuplé de personnages tout en longueur, déambulant dans un espace urbain vert et bleu. Au coin d’une rue, on ne s’étonnerait pas de croiser Jacques Tati.

Eugène l’architecte est exigeant, perfectionniste, intraitable sur le désordre, obsédé par les lignes droites et les carrés. Il se plaint : « Cette ville est vraiment trop désordonnée ! »
Il veut imposer SA vision de l’architecture en oubliant la chose la plus importante qui soit : un édifice n’est réussi que s’il tient compte de son environnement.

Alors, à force de vouloir faire entrer des carrés dans des ronds et régimenter l’espace, il va se heurter à un obstacle de taille : la nature. Car, au beau milieu de ce qu’il est en train de construire, un arbre s’est allongé, suite à un fort coup de vent.
L’évènement le déstabilise et l’oblige à repenser son projet et ses concepts, c’est-à-dire s’adapter à l’imprévu, devenir plus inventif, jouer différemment avec les pleins et les vides, les courbes et les lignes droites, le cadre et la souplesse. Repenser un projet c’est changer d’état d’esprit et décaler son point de vue. Car… « Mon travail peut-il détruire la nature ? » se demande Eugène.

Désormais, sa vision de l’architecture sera ouverte à la fantaisie et au bonheur des habitants de la ville. Et si le résultat final ne plaît pas à tous, il fait en tout cas le bonheur du lecteur qui s’amuse du résultat et envie les habitants de la ville qui peuvent jouer, glisser, se cacher, rêver, traverser ce bâtiment qui abrite un arbre en son cœur.

L’art d’Eugène est devenu inspiré, fantaisiste, ludique et poétique et parfaitement intégré dans l’environnement.
L’auteur, Thibaut Rassat mentionne en fin de livre qu’il fait  allusion au travail de l’architecte Gordon Matta-Clark, artiste américain connu pour ses coupes de bâtiments, dont celui-ci le plus connu, Conical Intersect, 1975.

Comme quoi, on a besoin d’histoires pour transmettre le travail des artistes, dès le plus jeune âge.