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Entre ciel et terre

Quelle que soit l’histoire imaginée, Émile Jadoul nous l’offre entre ciel et terre. Sur l’horizon qui relie les espaces, les personnages découvrent et se découvrent, s’amusent, s’interrogent, jouent, partagent des grands moments de la vie. Même quand Émile illustre les textes des autres — Le petit ballon de la lune (avec Carl Norac), Au revoir, papa (avec Emmanuelle Eeckhout) — il choisit toujours des histoires où l’univers se déploie, parfois à l’infini.


C’est que les personnages d’Émile Jadoul prennent la vie au sérieux, mais avec humour. Il leur donne de la place pour vivre ce qu’ils ont à vivre et tire habilement les ficelles d’un scénario qui les amène avec tendresse vers une issue souriante. 
Entre ciel et terre, il arrive que ses petits renards, lapins et ours, restent collés au sol, mais ce sera toujours en bonne compagnie, avec grand cœur (Juste un petit bout, Mon écharpe ). Et le cœur, c’est un grand espace en soi.
Ils peuvent atteindre les hauteurs ou du moins s’y essayer comme ceux qui font la taille (On fait la taille) ou ce bébé en quête de bisou à attraper tout là-haut (Un bisou tout là-haut).
Entre ciel et terre, ça glisse et ça déboule (L’avaleur de bobos).
Entre ciel et terre, Émile Jadoul a aussi installé sa famille pingouin sur la banquise, celle de Léon (Gros pipi) et de son petit frère Marcel. Quel meilleur endroit que cette banquise blottie entre ciel et terre, entre le noir cosmos et la glace blanche pour dire des émotions qui touchent l’universel.
Émile ne se contente pas de tisser un lien entre ses personnages, il tisse aussi un lien entre eux et l’univers. Même dans Sur ma tête (je suis persuadée que ce n’est pas un hasard), c’est un petit être venu du ciel, un oiseau, qui se pose sur la tête de Gaston et l’amène à réfléchir.

Ainsi, il n’est pas surprenant que le dernier héros de ses livres ait la puissance d’un grand chanteur pour toucher notre âme et les étoiles suspendues dans le ciel. C’est L’ours qui chante. « Dès que la lune se lève sur la forêt, Ours chante ! ». Le chant, c’est la respiration, l’harmonie, la musique et le souffle de nos voix mêlés celle du vent.

Entièrement travaillé aux crayons de couleurs, l’album se déroule dans la chaleur d’un rouge feu très expressif qui varie selon la lumière de la journée. Dans la forêt, Ours chante pour ses amis, pour les endormir : pour son ami lapin, poulette et ses poussins et sans doute bien d’autres petits animaux que le lecteur pourrait imaginer. Le gros ours se baisse tout doucement (dans le même élan tendre que le papa de Un bisou tout là-haut) pour chanter aux animaux. On imagine sa voix, grave et chaude.

Il chante aussi pour Merle qui lui a tout appris de ses mélodies et chantait avant, pour toute la forêt. « Ours chante doucement des histoires de lune et d’étoiles. Ce sont les préférées de Merle ».

Et puis, par la magie des illustrations, le temps s’arrête. Assis contre un arbre qui relie la terre et le ciel, Ours a du mal à trouver le sommeil. Dans une page dépouillée, notre regard se porte vers le croissant de lune et une petite étoile accrochée tout près d’elle. Il y a un vide soudain. « Merle a fini de vivre ».

Mais l’on ne finit jamais de vivre car ceux qui restent portent votre chant et le transmettent dans l’espace. 

Cet album d’Émile Jadoul est d’une grande poésie et d’une émouvante beauté. Comprendre l’absence de celui qui a « fini de vivre » est raconté aux plus jeunes avec une sensibilité qu’ils seront capables de toucher du doigt. 
Parce que les plus jeunes, surtout eux, rêvent entre ciel et terre.

Émile Jadoul chez Les Libraires