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Musique, maestro!

Il me semble ne pas parler musique assez souvent. Les enfants en écoutent dès leur plus tendre enfance parce que la radio tourne en boucle à la maison, ou parce que quelqu’un dans leur entourage joue d’un instrument. Ils la vivent très tôt à travers chansons et comptines, avant même qu’ils maîtrisent le langage.
Je l’expérimente régulièrement avec des tout-petits et suis toujours  amusée de la façon dont leur corps se met en mouvement à l’écoute de la musique.
De retour du salon du livre de l’Outaouais, j’ai à nouveau été frappée par ce phénomène grâce à une très belle initiative : de jeunes musiciens du conservatoire de musique de Gatineau étaient invités à se produire  au cœur même du salon.  Un ensemble de violoncellistes a donc exécuté, imperturbablement, dans le brouhaha, du Bach, du Schubert et des œuvres plus contemporaines comme la liste Schindler ou Star Wars.
Devant les musiciens, se sont installés des enfants, des petits d’environ trois, quatre, cinq ans, leurs parents derrière. Les rabat-joie qui évoquent le manque d’attention des enfants n’ont qu’à bien se tenir ! Je peux vous assurer qu’ils étaient concentrés, captivités par le son, fascinés par les gestes des musiciens, étonnés des vibrations et des émotions que cela leur procurait. Plus que les adultes, ils étaient connectés au moment présent, le nez à hauteur des archets qui dansaient de gauche à droite.

Mon plaisir a pourtant été gâché par cette mère insistant pour récupérer sa petite au 1er rang, pour aller manger des frites ! Une fois, deux fois, quelle fatigante ! J’avais envie d’intervenir.
« Vous ne voyez pas que votre enfant a la chance de vivre la musique en direct ? Vous ne sentez pas combien ce moment est précieux pour elle ? Si ça ne l’est pas pour vous, dommage. Y a-t-il tant d’urgence à aller manger des frites ?  Moins une et je me retrouvais sur l’île des Maximonstres tant la colère me montait.
La petite s’est finalement envolée, pognée par le bras de sa mère.
Je ne lui en veux pas, à cette maman. Elle avait peut-être ses raisons d’être pressée…Mais Brrrr !!!
Je n’ai aucune leçon à donner à qui que ce soit. Mais la chose qui me dérange le plus c’est qu’on ne prête pas assez d’attention aux signaux que nous envoient les enfants. Parce qu’on est pressé, parce qu’une activité nous attend, parce qu’on a le nez plongé dans nos téléphones, un rendez-vous…

La musique est un moyen extraordinaire de partage avec les enfants. Sur la musique, viennent des images dans nos têtes. À l’écoute, certains passages nous surprennent, nous transportent ou nous font rêver. On s’attache à la mélodie, comme à la mélodie d’un texte. Il m’est arrivé quand mes enfants étaient petits de mettre de la musique après souper, histoire de se défouler un peu, de danser avec eux et rire en chantant. Écouter de la musique, c’est une autre forme d’attention que lire un livre mais comme le livre, c’est surtout un temps privilégié avec l’enfant.

Si je prends le temps d’évoquer tout cela, c’est pour rappeler la chance d’avoir aujourd’hui des collections audios qui permettent d’introduire intelligemment la musique dans la vie des enfants. Éveil sonore, rythmique, mélodique, stylistique, culturel, classique, contemporain, jazz…
Grâce à ces collections, on entremêle langage des mots et langage musical. Je pense pour les plus petits à la série des Paco (Gallimard jeunesse), et aux textes de Carl Norac, poète et conteur, illustrés en musique  chez  Didier jeunesse.
Au Québec, La Montagne secrète fait un travail extraordinaire. Mon gros coup de coeur va pour Un pique-Nique au soleil, l’extraordinaire voyage de la bande à Bébert , conte de Christiane Duchesne et Jérôme Minière illustré par Marianne Ferrer.
À travers le récit dynamique et enjoué, plein de rebondissements de Christiane Duchesne, Jérôme Minière entremêle chansons traditionnelles (en leur apportant des atmosphères particulières) et compositions originales (qui pourraient facilement devenir des classiques). Le petit lecteur pourra ainsi facilement reprendre les chansons qui lui sont familières puis  en apprendre facilement d’autres. Voix d’hommes et de femmes, graves ou aiguës, en solo ou en chœur, les chansons nous entrainent dans l’univers du folk, du jazz, du manouche,…Il me semble même avoir entendu un écho de Paolo Conte. Elles ponctuent et font avancer le récit. Tout cela grâce à Jérôme Minière, mais aussi Ariane Moffat, Michel Rivard, Bruno Marcil, Salomé Leclerc qui prêtent leurs timbres particuliers. Taratata! C’est la joie !

Aller, musique, Maestro !