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Nin Auass, Moi l’enfant

Publié chez Mémoire d’Encrier, Nin Auass Moi l’enfant est un recueil de poèmes de la jeunesse innue, « semés et recueillis par Joséphine Bacon et Laure Morali ». Illustrés par Lydia Mestokosho-Paradis, cet album bilingue français | innu-aimun fait battre le cœur de la jeunesse de tout un peuple et dit sa fierté retirée de cette aventure littéraire qui s’est poursuivie pendant quatre années.

« En innu-aimun, le mot « poésie » se dit Kashekau-aimun, ce qui signifie « parole de fierté », cette fierté que peut éprouver un jeune chasseur, empli de joie, lorsqu’il a effectué sa première chasse ».

Saluons d’abord la beauté de la démarche des deux auteures, Joséphine Bacon et Laure Morali, qui ont su révéler la poésie dans le coeur des enfants des communautés innues. Elles ont réussi à leur donner confiance pour que les mots reflètent ce qu’ils sont, comment ils sont et ce qu’ils ressentent. Les mots comme matière première pour exprimer ce qui les habite avec fierté : la terre, le ciel, la puissance des ancêtres et celle des esprits, cette conscience de la nature si vaste qui les entoure. Plus frappant encore dans les poèmes de ces jeunes, est la façon dont ils comprennent combien les liens entre tous ces éléments sont forts.
« Quand je regarde le ciel, mon grand-père me parle ».

« En découvrant le langage de Nutshimit, les jeunes reprennent possession de leurs racines et trouvent le courage de regarder vers l’avenir » raconte
Joséphine Bacon.

Dans leur rapport au monde, avec les mots de leurs poèmes, les jeunes traduisent, toutes leurs sensations. « J’entends le tambour battre comme un caribou qui court | J’entends le son de la vie ». Ils sont à l’écoute de leurs racines qui résonnent aussi à travers leurs sens.

À lire ces poèmes qui sont très variés dans leurs formes (certains ressemblent presque à des haïkus, d’autres à des récits, d’autres encore sont une prose poétique), une porte s’ouvre sur l’essence de la nation Innue. Les enfants nous donnent des clefs pour mieux comprendre qui ils sont, d’où ils viennent, ce qu’ils vivent. Mais je dirai aussi que le recueil témoigne de l’importance de la poésie comme langage universel. « Nous avons ri et pleuré en écoutant les enfants lire leurs poèmes. Nous avons parfois eu l’impression que l’écriture d’un seul poème pouvait soigner un cœur meurtri » dit Laure Morali.

La poésie, c’est la vie. Les poètes ne sont pas des rêveurs mais des enfants capables d’évoquer la vie avec les 26 lettres de l’alphabet.
Et d’ailleurs, combien de lettres en innu-aimun ? Comment se prononcent les mots « nishk unishinu » ou encore « kashikau tshishiku(u) » avec ce u minuscule à la fin du mot que mon ordinateur ne connait pas ?

Il y a tant à faire pour se connaître et se reconnaître. L’illustratrice Lydia Mestokosho-Paradis glisse quelques pistes symboliques de tambour, de canot, de lune et d’étoiles. Joséphine Bacon et Laure Morali accompagnent notre découverte par de courts textes et témoignent de leur complicité. Pourtant, l’une est innue et l’autre bretonne. C’est sans doute parce que « nous avons gardé notre regard d’enfant, ce regard qui interroge et s’émerveille lorsque les mots délivrent les secrets de leurs vibrations ».

Afin de nous situer dans l’espace, une carte indique chaque fois la communauté visitée dont les noms portent eux aussi la poésie : Ekuanitshu (Là où les choses s’échouent) ou Pakut-Shipu (la Rivière basse aux bancs de sable). Fascinant écho des langues. Deux mots en innu en donnent cinq ou six en français !

Mille questions me tenaillent que je poserai aux deux auteures du livre prochainement. Entre autres …Comment avez-vous amener les jeunes à travailler les mots, à leur donner le goût de la poésie, à exprimer des choses profondes ?
Je vous invite à participer à notre rencontre le 10 novembre prochain dans le cadre des formations ON A TOUS BESOIN D’HISTOIRES dont voici la programmation complète.
Inscrivez-vous dès maintenant !

Découvrir le livre sur le site de Mémoire d’Encrier