Appuyez sur Entrée pour voir vos résultats ou Echap pour annuler.

Le petit robot de bois et la princesse-bûchette

Un robot, une princesse, on aime déjà la confrontation de deux mondes. Un robot de bois et une princesse-bûchette, c’est beaucoup plus intrigant. Alors…? Conte traditionnel, histoire du futur ou tout simplement l’invention fantasque d’un cartoonniste talentueux nommé Tom Gauld ? Paru à l’école des loisirs en Europe et chez Comme des géants  au Québec Le petit robot de bois et la princesse-Bûchette s’ouvre dans l’esprit du conte classique : « Il était une fois…».

Mais avant de poursuivre l’histoire, jetons un coup d’œil à la page couverture foisonnante d’indices montrant qu’en effet, l’univers du merveilleux est présent tant par le texte que par l’image. Là une clef, ici une fée, une hache, un brigand. Tiens, Tom Gauld aurait-il été bercé par les albums de Tomi Ungerer ?
Au milieu d’un décor et d’un paysage riches en détails, les deux protagonistes de l’histoire se promènent, éclairés par un coup de projecteur théâtral. 
Les pages de garde tout aussi foisonnantes, nous invitent dans ce monde d’objets symboliques abrités par les contes.

La facture des illustrations, le château moyenâgeux, les chandelles, le début du récit écrit dans un phylactère, tout contribue à l’atmosphère des anciens récits. Mais à côté des archétypes (roi, reine, sorcière, lutin), les codes d’un esprit plus contemporain s’installent rapidement.
La reine a une couleur de peau différente de celle du roi. Ses cheveux sont crépus et noirs alors que ceux du roi sont blonds et raides. 
Seule ombre à leur bonheur : « …ils n’avaient pas d’enfants ». Le désir d’avoir un enfant, un thème classique des contes. 
Pour les aider à résoudre ce problème, chacun a son conseiller : la grande savante pour le roi, une vieille sorcière pour la reine, qui toutes deux se mettent au travail. Là encore, la place prépondérante des femmes à ces postes souvent pris par les hommes dans les contes, montre la modernité du ton.

Ainsi naquirent deux enfants : un petit robot de bois et une princesse-bûchette. « Le roi, la reine, la princesse et le robot s’aimèrent aussitôt ».
Et alors, rien de merveilleux dans la fabrication de ces enfants ?
Bien sûr, ne vous inquiétez pas ! Écoutez plutôt le secret de la princesse-bûchette : « Chaque soir, en s’endormant, elle reprenait sa forme de bûche et restait ainsi jusqu’à ce que ces paroles magiques la réveillent : « Debout, petite bûchette, debout ! ».

L’aventure est trop longue pour que je vous la conte ici en détails mais voilà, un matin le petit robot ne réveilla pas la princesse avec les mots magiques. La servante voyant une bûche dans le lit la jeta par la fenêtre. Elle atterrit dans la brouette d’un lutin, fut versée dans la cargaison de bois d’un navire prenant le large…Le petit robot ira au bout du monde retrouver sa princesse-bûchette. Mais ce n’est pas facile.
Une bûche est une bûche. Cela prend du temps de reconnaître celle que l’on aime, celle qui a ce petit quelque chose de spécial. Parmi des milliers d’autres bûches cependant, le petit robot trouvera enfin sa sœur et entreprendra de la ramener du château. Une fin heureuse, donc ?
Si vous pensiez l’aventure terminée, détrompez-vous car « il lui arriva trop d’aventures pour qu’on les raconte ici ». Et quand viendra le tour de la Princesse de tirer le robot sur un petit chariot pour le ramener au château. « …elle aussi connut plusieurs aventures ». 

Tandis que le roi et la reine se morfondent de chagrin et que l’aventure du robot et de la princesse semble sans issue, un brin de magie s’infiltre à nouveau dans l’histoire. Un détail amusant qui n’avait l’air de rien du tout, semé au début de l’histoire, et que l’on avait sans doute oublié : la présence d’une famille de scarabées dans le robot. 

On a toujours besoin d’un plus petit que soi, dit-on ; et bien, cette histoire, presque une fable, le montre bien, puisque les coléoptères sauront agir. Ils connaissent la maison d’une vieille sorcière…Et voici que la boucle est bouclée.

Quel foisonnement dans Le petit robot de bois et la princesse-bûchette ! Avec les codes du conte traditionnel, Tom Gauld s’amuse librement à mélanger les genres et s’adresse clairement à l’intelligence des enfants toujours prêts à vivre de grandes aventures. Ici, les filles agissent, s’aventurent, les espèces cohabitent, les personnages imaginaires ont leur place dans la réalité. 

La réalité ? Ce sont deux enfants qui s’aiment tout simplement et ne peuvent vivre séparés. Ils prennent soin l’un de l’autre. Personne n’est abandonné. L’imaginaire ? C’est tout ce que l’univers de la fiction apporte à leur vie. Parce que la vie se fabrique avec un peu de magie, un peu de bricolage aussi.

Les illustrations
Tom Gauld aime l’équilibre. Dans ses merveilleuses illustrations (sans doute à l’ordinateur?), il y a une recherche de stabilité. Ses paysages grandioses pourraient faire penser à ceux plus oniriques de Claude Ponti dans la mesure où il n’hésite pas à faire circuler ses héros dans des espaces hors lieux, hors temps. Preuve en est : ces rencontres avec des personnages qui n’existent peut-être que dans l’imagination des enfants (allez savoir!) tels l’œuf de dragon, l’énorme merle, la vieille dame dans une bouteille… Oui traverser le monde c’est rencontrer toutes sortes de personnages.
Équilibre aussi dans la répartition presque naïve du décor d’arbres, de montagnes, de tourelles, de colonnes. 
Équilibre encore dans la disposition des illustrations avec de belles idées : le cadrage des images qui s’assimile à l’architecture du château, les étapes des aventures présentées comme des cartes à jouer, chacune bien cernée dans un rectangle.
Parfois, pour la compréhension de l’histoire, Tom Gauld encadre un « zoom » sur l’illustration même.

Si vous aimez les histoires à rebondissements dans un univers où les illustrations sont riches, Le petit robot de bois et la princesse-bûchette répondra à vos attentes. Par les mille idées qui se croisent dans le livre à travers les personnages, les objets, les paysages, il vous conduira plus loin encore que vous ne l’auriez imaginé. Car dans cette histoire, cent autres histoires sont prêtes à se raconter. 

Tom Gauld avec son premier album s’invente un style bien à lui. Il renouvelle le genre du conte. Gianni Rodari aurait peut-être appelé cela « une salade de conte ».
La gravité du conte s’efface devant l’humour et la légèreté des enfants qui viennent réveiller l’esprit du royaume.

Le petit robot de bois et la princesse-bûchette, Tom Gauld, éditions Comme des géants.