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Des doigts pour un piano

J’ai découvert Caroline Magerl dans son précédent album, Maya et Mine paru chez D’EUX. J’y avais noté ses cadrages intéressants, sa touche vive et lumineuse, son côté farceur. Avec ce nouvel album, Des doigts pour un piano, on retrouve le même élan dans le trait, une vitalité rythmique, tout ce qu’il faut pour accompagner la musique de Béa, l’héroïne de l’histoire.

La musique fait partie de ma vie depuis l’enfance. Ma mère était pianiste et m’a donné envie de jouer. Devenue mère à mon tour, la musique était « passage obligé » de l’éducation. Le plus important était de trouver l’instrument qui leur convenait. Les choix se faisaient un peu par hasard, un peu par mimétisme (après avoir vu quelqu’un jouer de tel ou tel instrument ) un peu par émotions. Il y a les instruments dans lesquels ont souffle, ceux qui nécessitent un arhcet pour procduire un son qu’il faut fabriquer et les claviers qui demandent une dextérité et indépendance des mains. Chaque instrument propose ses défis.

Mais par-dessus tout, la musique va droit au cœur et parfois au corps. Elle rassemble. Elle fait pleurer ou donne envie de danser. D’ailleurs, qui pourrait se passer de musique ? Reine des arts, elle est à la fois naturelle (nous chantons), et complexe par la technique qu’elle demande.  

Quand vous vivez entouré de musique comme Béa dans cet album, il est naturel de prendre part à la passion familiale. Trouver sa place est autre chose et parfois l’héritage est lourd quand d’autres plus grands jouent déjà bien.  Dans cet album au récit court et musical, on ressent parfaitement les émotions que procure la musique mais surtout le désir d’en jouer. Et puisqu’il s’agit d’interpréter, on joue, comme un acteur au théâtre. Quel joli verbe pour accompagner cette pratique difficile dont Béa comprend bien les limites.

Il y avait déjà dans Maya et Mine le jeu du temps et de l’espace : « immenses musiques» et « souples envolées». Dans Des doigts pour un piano, le vent s’invite comme s’il soufflait lui-même l’histoire. Caroline Magerl donne l’impulsion au récit par le mouvement. Béa bouge sans cesse. Elle danse quasiment à chaque pas. Elle a le rythme dans la peau, animée par la musique, mais le seul instrument qu’elle possède pour l’instant est le triangle. Elle monte et descend l’escalier, elle marche d’un pas alerte, avec ses petites mains qui semblent toujours s’envoler. « Je suis faite pour de bien plus grandes choses ».

Et c’est vrai. Qui voudrait simplement frapper sur un petit triangle de métal ?

La grande chose que Béa découvre c’est un bébé montagne, un piano. Et un doux parfum de souris, qui indique peut-être que le piano se retrouvait confiné au fond du grenier. Il ne demandait qu’à se réveiller.

Le petit coup de baguette magique vient de Maestro Gus qui sort du ventre de l’instrument comme un fantôme et lui montre la façon de créer des sons. Chaque son plonge dans la rêverie, la poésie. Quand Isla, sa grande sœur qui joue du violon entend « une chanson abandonnée sous la pluie », elle se dirige vers le piano où Béa n’attendait que ses encouragements.
Un piano, c’est gigantesque et fascinant pour un enfant. Sa forme, sa sonorité… Presque un orchestre à lui tout seul. La musique « sait se faufiler », elle propose un espace hors du temps, où la mélodie nous emporte…

Et puisque la musique se partage… Si Isla peut “mieller” le brouillard avec son violon, Béa comprend le pouvoir de la musique. Il lui faut apprivoiser son langage, cette écriture faites de signes étranges que l’on découvre dans les pages de garde. Un langage universel.

Béa est prête. Isla lui montre.