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Pitié, pas de tablettes avant 5 ans!

Nous lisons partout et tout le temps. Nous lisons des panneaux, des codes, des chiffres, des notes. Nous lisons les publicités, les visages qui nous entourent dans un autobus, nous lisons, nous décryptons, notre oeil travaille sans cesse à comprendre les informations.

des bébés et des livres

Le tout-petit entre dans le monde avec l’aide de ses sens et très vite, il va trouver un immense plaisir à communiquer par l’ouïe et le regard.
Le regard, celui du visage qui se penche sur son berceau, dont les contours vont peu à peu devenir nets. À l’amour lu dans ses yeux, il répondra par un sourire et l’interpellera par des pleurs quand il aura faim. Mais il découvre aussi objets, jouets, meubles, son biberon, son berceau, tout ce qui lui est proche.
L’écoute, il en bénéficiait déjà dans le ventre de sa maman. Cette fois, il va pouvoir réellement sentir les vibrations de la voix dans les bras d’un adulte ou réagir à la musique et au rythme des petites berceuses. Aussitôt debout, il se dandinera parce que le plaisir de l’écoute commandera à son corps de se mettre en mouvement.

Dans son début de vie, il est prêt à être en communication avec les autres humains. Et si bien sûr, le milieu familial est essentiel à son équilibre, bientôt, les petites histoires qu’on lui raconte vont activer  de nombreux chemins dans son cerveau pour commencer à développer son univers imaginatif. Pourtant j’entends encore dire « oh merci pour le livre que tu nous a offert, on lui lira quand il comprendra, ou quand il sera plus grand ». Comme c’est bizarre, encore aujourd’hui de constater combien certains adultes sous-estiment l’intelligence des bébés!

Est-il nécessaire de rappeler que l’imagination est notre force, à nous humains?
Le potentiel d’imagination qui est en nous dès la naissance a besoin de nourriture. L’imagination, c’est ce que découvre un enfant à travers une histoire, donc une fiction. C’est le temps d’un rêve. Car une histoire imaginée n’est au fond qu’une autre façon de voir la vie réelle. Et cela, c’est sans compter sur l’apport de l’illustration (qui fera l’objet d’autres articles).

Lire avant de savoir lire, c’est surtout donner une chance aux enfants de commencer leur vie d’humain en se reliant aux autres par l’imaginaire qui est puissant et qui nous a transformés depuis des millénaires.
Les fictions montrent aux enfants que la vie est remplie de petites aventures où les émotions sont importantes. Ils apprennent peu à peu à les reconnaitre par les mots d’une histoire. On raconte et l’on voit un enfant qui pleure dans un livre. Voici notre petit lecteur qui prend sa mimique triste. On raconte l’histoire d’une surprise et voici ses  sourcils qui se lèvent aussitôt.

La capacité à se mettre à la place des autres arrive tôt dans la vie humaine, et les livres aident à mieux comprendre toutes les émotions dont nous sommes fait.e.s (et dans émotions il y a « motion », donc « bouger », l’enfant se met en mouvement en comprenant).
Et cela, c’est grâce aux livres, pas grâce aux tablettes. Parce que les tablettes n’ont aucune vie humaine. Elle ne feront jamais comme nous avec un enfant: le bercer, lui chuchoter des mots doux, le rassurer, rire avec lui. Elle ne feront que déshumaniser et réduire le champ imaginatif.
Elles prendront les commandes de son cerveau et lui feront perdre la liberté qu’apporte un livre: tourner les pages à notre rythme, revenir en arrière, rester longtemps sur une image…
PITIÉ, pas de tablettes avant 5 ans, pour  donner une chance aux tout-petits d' »entrer en humanité », en être de culture, c’est à dire à devenir une personne prête à recevoir et transmettre plus tard ce dont elle sera faite.
C’est ainsi que se construit sa vie humaine. Par les humains, donc par la littérature.