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Quelqu’un m’attend derrière la neige

C’est un petit album carré, sorti pour Noël, dans une tradition maintenant établie chez Gallimard Jeunesse de proposer chaque fin d’année un conte au format intime.

Le talent de Timothée de Fombelle offre au lecteur un récit à la teneur d’un conte ancré dans une triste réalité sociale. Par la magie de l’écriture, en tissant le destin de trois vies que rien ne reliait au départ, Quelqu’un m’attend derrière la neige rend hommage à la capacité d’empathie que tout humain possède ainsi qu’à la beauté de la nature, même si elle est parfois cruelle. « Parce que la vie est complexe et que rien ne dit mieux sa complexité que la littérature. » (Sophie Van der Linden), l’auteur parvient à créer un parallèle entre la migration des oiseaux et l’immigration, à écouter la vieillesse et secourir la jeunesse, à réveiller la solitude par un besoin vital de vie.

Mais commençons par survoler l’histoire à hauteur des hirondelles dont la vie est rythmée par les saisons, et les souvenirs enfouis dans leurs petits corps de vingt grammes. Vue du ciel, au-dessus des continents, l’humanité ne leur semble rien d’autre que de minuscules silhouettes qui marchent dans le sable.
L’hirondelle que Timothée de Fombelle met en scène s’appelle Gloria. Elle est un peu différente des autres, n’a jamais eu de nid, ni de petits, elle n’a pas d’attache, mais elle a été sauvée par un enfant il y a longtemps, un enfant qui n’avait plus que sa main droite. La voilà qui vole à contre-courant, en remontant vers le nord, poussée par la forte intuition d’un destin à accomplir au-dessus de cette route où Freddy d’Angelo conduit le petit camion frigorifique.
Cela fait trente-sept ans qu’il travaille pour sa compagnie, livrant des crèmes glacées entre l’Italie, la France et l’Angleterre. Il roule vers Londres. «… bientôt cent jours que personne ne lui a vraiment adressé la parole
Au-dessus de lui, sans qu’il s’en doute, Gloria continue de voler, aspirée par un sentiment de liberté difficilement explicable. Pendant son long voyage, elle retrace ses souvenirs.
Puis tout se précipite. Freddy a pour ordre de rentrer chez lui. On le sent fatigué de sa vie en camionnette et très seul. Gloria aussi est à bout de forces, contre la neige. Elle finit par se faufiler dans un garage qui ferme tout juste sa porte…Celui de Freddy. Gloria sera un signal fatal vers le dénouement.

Timothée de Fombelle met tout en place pour qu’enfin les vies se croisent. Car le troisième personnage qui n’était encore qu’une allusion dans le récit de Gloria, est bien réel et caché dans le camion frigorifique. Il lui manque le bras gauche.
C’est magnifique et très fort. Et l’on se prend à espérer que pour chaque migrant.e, quelqu’un l’attende derrière la neige.

Ni religion, ni politique dans ce conte à teneur sociale, mais trois vies de rien qui tracent avec poésie leur propre beauté dans un monde brutal : le don, la générosité, l’empathie. Trois vies de rien qui en font trois héros de conte.
Les illustrations de Thomas Campi s’accordent parfaitement au ton du récit par ses teintes, ses cadrages, ses lumières. Il raconte ou précise les évènements, ceux que l’on souhaite voir d’un peu plus près, ceux qui offrent une vue d’ensemble.

Le conte de Timothée de Fombelle est la preuve que la littérature est nécessaire, en ce sens qu’elle permet de dépasser la réalité.
Au manifeste On a tous besoin d’histoires , il répond de cette façon : On a tous besoin d’histoires parce qu’on cherche du sens à nos vies.
Timothée de Fombelle est cosignataire du manifeste.

Quelqu’un m’attend derrière la neige, de Timothée de Fombelle, illustré par Thomas Campi (Gallimard jeunesse)