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Perdu dans la ville

Voici le premier album solo à l’atmosphère très réussie, de Sydney Smith aux éditions Comme des géants, une promenade urbaine et hivernale dans laquelle déambule un jeune garçon qui semble Perdu dans la ville

Je dis un « jeune garçon » alors qu’en réalité peu d’indices nous permettent de l’affirmer. Cette phrase… « Je sais ce que c’est d’être petit et perdu dans la ville », dit-il dans un monologue qui se déroulera jusqu’à la fin de l’album. J’allais plutôt écrire « jusqu’à la fin de l’histoire » mais il est plus juste de rester dans ce que propose le cadre du livre, car l’histoire, elle, existe bien au-delà.
Quoi qu’il en soit, nous suivons pas à pas cet enfant grâce aux illustrations qui nous nous permettent de ne jamais perdre sa trace d’une rue au parc, d’un pont à un arbre, d’un bus à une ruelle…

Portant son sac à dos, coiffé de sa jolie tuque à pompon qui enveloppe son visage rond et bien emmitouflé dans son col de manteau, l’enfant erre et partage ses impressions et ses sensations dans le dédale de rues bruyantes et peuplées. On ne sait trop pourquoi il erre ainsi. Revient-il de l’école ? A-t-il le goût de marcher en rêvassant ? Va-t-il rejoindre quelqu’un ? Retarde-t-il le moment de rentrer à la maison ? Un climat de mystère et d’inquiétude s’installe.
Le texte sobre dialogue avec les illustrations et raconte les pensées du garçon solitaire. Mais il évoque aussi une autre personne, un autre être qu’il tutoie : « Tu aimes la musique, je le sais. Dans la maison bleue au bout de la rue, il y a quelqu’un qui joue du piano ».
Alors, qui est-elle, cette personne qui aime la musique, qui aime grimper dans les arbres ou se lover sur un banc ?

Nos sens sont en alerte. Et alors que la tempête de neige se lève, rendant la marche plus difficile, un petit bout de papier rose nous met sur la voie du mystère, puis du dénouement. D’autres indices sont clairsemés dans les mots si l’on y prête attention : « caresse », « croquettes » « …t’installer sur le rebord e la fenêtre »…Vous avez deviné ?
Au loin, dans la neige, portant la même tuque que l’enfant, une silhouette familière et rassurante, l’attend. Elle semble jeter un dernier coup d’œil aux alentours pour retrouver celui qui est perdu. « Tout ira bien ».
Il ne faudra cependant pas oublier de tourner la dernière page pour être tout à fait rassuré.

Sydney Smith peint à merveille l’atmosphère de son pinceau aux traits noirs et souples qui trace un environnement détaillé et vibrant. En effet, son paysage décrit une ville moderne où l’on peut se perdre mille fois, que l’on soit chat ou enfant, où nos sens sont envahis de sons, d’odeurs, de lumières…Les effets poudreux de la neige, sans doute à l’aquarelle et à la gouache, sont particulièrement magnifiques et proches de l’impressionnisme parfois avec ses ombres colorées.

Mais il est surtout un artiste de la lumière. La luminosité qu’il apporte par les contrastes du noir, que ce soit des ombres, des profils, des contre-jours créent de la profondeur. Oui, chez lui, les noirs sont lumière. Une lumière qui rebondit sur les vitres des magasins, celles du bus ou sur la neige immaculée.
Quant à son personnage, il le dessine avec tendresse, plaçant souvent notre regard dans son dos afin de ne jamais le perdre. Sa silhouette dit un peu de l’inquiétude qu’il ressent, de l’empathie en miroir qu’il a pour son chat et du soulagement dans les bras de l’adulte qui l’accueille au bout du chemin.
L’enfant aurait pu se perdre souvent dans le labyrinthe urbain.
Le chat fait confiance à son instinct.
Le chat et l’enfant ne font qu’un.