J’attends Mary Poppins

Vous ai-je déjà parlé de Mary Poppins, cette « fée gouvernante » descendue tranquillement du ciel comme dans un tableau de Magritte, une fée aux pieds de danseuse, avec son sac à main en tapisserie, qui maintient toujours une attitude impeccable et offre des chansons revigorantes ?

Souvenez-vous des têtes ahuries de Jane et Michael Banks lorsqu’elle débarque dans leur maison londonienne. De tout son être, émanent de Mary Poppins, fantaisie et imagination avec en plus cette pointe de rigueur qui la caractérise. Et que fait-elle ? Elle installe l’insurrection au sein de la famille Banks, déstabilisant les certitudes paternelles et le rapport à l’argent.
Mary Poppins oblige les adultes à revoir leur philosophie de vie. C’est une rebelle ! Elle est du côté des artistes, de la créativité, de la vivacité. Et je guette son arrivée entre deux nuages, histoire de m’évader de ma vie routinière et bousculer l’ordre établi du confinement.

Alors que beaucoup de nos concitoyens luttent, combattent, dépriment dans leur solitude, leur vieillesse ou leurs maladies, admettons que d’autres ont le confinement plutôt confortable. Ce sont pour ces autres-là, les « confortables », que j’attends « le petit morceau de sucre » de Mary Poppins. Ceux qui, comme moi, profitent pleinement et GRATUITEMENT des liens multiples sur le web, vers des lectures d’histoires, des visites virtuelles de musées, des concerts live, des classiques du cinéma, des recettes de cuisine en direct avec de grands chefs…
Oui, nous en profitons, mais qu’en ferons-nous plus tard ?
Je veux dire : si nous apprécions ces propositions culturelles, allons-nous entretenir cet élan ? Serons-nous désormais convaincus et engagés pour la culture ? Saurons-nous montrer à nos enfants à quel point il est important de soutenir les artistes ?
Car, il faut bien l’admettre, notre vie (particulièrement en ce moment) serait plate sans ces artisans des mots, des crayons, des corps en mouvements, des notes de musique.

À l’heure où l’on parle déjà de mettre le pied sur l’accélérateur pour remettre en route l’économie, alors que les GAFA de ce monde encaissent allègrement leurs royalties, comment remercier celles et ceux qui, en toute générosité, nous permettent un confinement enrichissant ?
Peut-être tout simplement en commençant chez nous, en montrant l’intérêt de la culture à nos enfants.

Faites appel à votre côté Mary Poppins et installez des habitudes simples une heure par semaine. C’est votre implication qui compte dans ce que vous ferez, comme notre héroïne supercalifragilistique.
Quelques idées en vrac :
Programmer une heure la découverte d’un artiste (pas compliqué de chercher ensemble sur internet ou dans nos livres) / se donner une heure pour expérimenter un nouveau type de création (atelier peinture, terre, pastel, collage, construction de maquette, séance de danse improvisée…) /  écouter et découvrir un compositeur (vous pouvez faire dessiner les enfants sur l’écoute musicale) / une heure pour lire ensemble en famille (l’occasion de commencer des récits mythiques ou universels) / une heure pour écrire, oui même papa, même maman avec 10 mots que vos enfants vous donneront au départ / une heure pour danser comme des fous sur une musique chaque fois différente / Une heure pour plonger dans une couleur.

En agissant ainsi vous montrez le chemin aux enfants, un chemin sur lequel vous semez l’importance des arts et de la culture. En grandissant, ils s’en souviendront.

Car au-delà de cette crise, il faudra soutenir celles et ceux qui ont généreusement offert de leur temps et de leur talent, parce que ces artistes (qui allègent notre isolement et contribuent à notre bien-être), n’ont plus aucun contrat en poche à l’heure qu’il est. À nous, collectivement, d’en prendre soin pour que leurs créations fassent partie de notre futur.

Le bon côté des choses, c’est que nous comprenons en ce moment (l’évidence est criante) à quel point l’art et la culture sont indispensables. Si les domaines artistiques sont parfois qualifiés de « savoirs inutiles », il est clair que l’être humain ne peut se contenter de “savoirs utiles ».

Les enfants le savent dès le début de leur vie. C’est pour cela qu’ils adorent Mary Poppins : en plus d’être nourris, lavés, bordés, ce qu’ils réclament, ce sont des histoires, des coloriages, des jouets pour inventer des mondes, des vêtements pour se déguiser. De la fantaisie ! En grandissant, leurs façons de « jouer » se déplacent vers d’autres centres d’intérêt, et ils finissent comme adultes par remplir les vides d’une multitude de choses qui ne laissent plus passer les rêves. Leurs désirs deviennent ceux des autres. L’art est un contrepoint à cette course effrénée.

Jamais, même à travers les plus grandes crises, jamais l’art n’a cessé d’être. Des dictateurs ont tenté de le contrôler, en vain. Des femmes et des hommes ont écrit, peint, sculpté, caricaturé ou composé en musique pour raconter l’être humain.e. Leur travail rend le monde plus beau et plus riche, parce qu’il nous amène à penser et nous émouvoir.

Chère Mary Poppins, avec l’autorité qui te caractérise, viens souffler sur notre créativité ! Pousse les enfants à dessiner sur les trottoirs, à chanter sur les manèges, à admirer les artistes du street art, à lire des histoires dans les parcs, à peindre nos façades grises ! Aide-nous à pousser la porte de nos rêves ; c’est le moment ou jamais ! 

Quelques liens utiles de savoirs « inutiles » :
Visites virtuelles des musées du Québec
https://www.musees.qc.ca/fr/musees/visites-et-experiences-virtuelles?gclid=EAIaIQobChMI572IqpPo6AIVEI_ICh3npwszEAAYASAAEgKx9fD_BwE

Visite virtuelle de l’exposition Frida Khalo: tableaux accompagnés de l’audio guide.
https://www.mnbaq.org/activite/visite-audio-frida-kahlo-diego-rivera-et-le-modernisme-mexicain-902

Le programme EDUCART : découvertes par thèmes pour explorer tout simplement, travailler en projet ou monter des programmes pédagogiques
https://educart.ca/fr/

Splatch bloub et zim bam boum hello bonjour

 

Splatch bloub et zim bam boum hello bonjour !

Tout juste revenue d’une tournée américaine dans les écoles d’immersion publiques (on dit plutôt Dual Language Programm), je confirme l’importance d’avoir  de bons livres de littérature jeunesse en classe. Évidence pas évidente pour les enseignants formidables de ces écoles qui se battent pour avoir du matériel de qualité. C’est pourtant une grande nécessité, pour les enfants qui entrent en contact avec une nouvelle langue, d’avoir accès à des textes littéraires. Musique du langage, livres venus d’ailleurs, valeurs parfois  bousculées…c’est aussi cela, apprendre une autre langue.

Pourtant ce que l’on trouve essentiellement dans les classes, ce sont des livres « nivelés ».  Mais enfin d’où vient cette manie de faire découvrir une langue à travers des histoires insipides totalement intéressantes et sans suspense ?
Taillés dans un cadre étroit ne proposant aucune richesse de contenu, aucun lien texte image intéressant, aucune musique amusante aux oreilles des jeunes apprentis de la lecture, ces livres sont d’une platitude époustouflante. Croit-on vraiment, parce qu’il est inscrit niveau 1,2 ou 3, que cela signifie vraiment quelque chose? Confond-t-on littérature et mathématiques? Note-t-on uniquement la capacité d’un élève à lire dans le décodage sans  noter  la compréhension ? Mais alors, que veut dire LIRE, même en seconde langue?
Éditeurs de livres nivelés, prenez-vous les enfants pour des imbéciles ?

Si les enseignants que j’ai rencontrés utilisent ces livres (car souvent reliés à des manuels scolaires), c’est parce qu’ils n’ont pas beaucoup d’autres choix. Ça ne coûte pas cher et ça arrive en séries. Mes rencontres visaient à faire en sorte que peu à peu, l’on introduise la « vraie » littérature, celle où l’on tient le lecteur en alerte, où l’on se délecte de ne pas encore connaitre la fin, où l’illustration nous apporte des indices de compréhension, et plus encore. Pourquoi les enfants des classes d’immersion n’y auraient pas droit, eux aussi ?

Ce qui me frappe est la pauvreté des idées et du vocabulaire dans les livres nivelés, sous prétexte que les élèves apprennent une 2e langue. Mais la motivation à apprendre une 2e langue devrait être au contraire entretenue par l’intérêt des histoires et des textes qu’elle transmet. Or souvent, les élèves restent aux approches d’un vocabulaire utilitaire (et nécessaire bien sûr), celui de l’oral. Leur contact avec le langage de l’écrit, celui qui leur permettra de développer leurs images mentales, reste trop rare. Car il s’agit bien de cela. Inviter les enfants à peu à peu découvrir et apprécier de nouvelles sonorités, de nouveaux rythmes dans l’expression, avant même de découvrir de nouvelles façon de penser.

Au-delà, il y a aussi la découverte culturelle qui est passionnante. Car enfin, on ne se le cachera pas, les littératures sont différentes d’une culture à l’autre. Les valeurs, la présentation des idées, la communication entre les personnages,  la façon d’embarquer le lecteur dans l’histoire, tout cela amène à comprendre que l’apprentissage d’une langue est aussi l’accès à une  nouvelle culture. Et oui, il y a des histoires bizarres pour les uns, communes pour les autres. Oui les débuts du monde sont parfois représentés par la science, d’autres fois par la Bible, d’autres fois encore par l’intervention d’un oiseau magique. L’important est la confrontation des points de vue. Ne pas exclure ce qui ne correspond pas vraiment à nos valeurs est aussi un défi lorsque l’on utilise une littérature jeunesse venant du pays de la langue que l’on apprend.

Pour aider ces enseignants, j’ai concocté une bibliographie que vous trouverez dans ma bibliothèque « spéciale immersion ». Avec notamment une liste d’albums où les sons sont importants: ludiques, répétitifs, rythmés, ils offriront aux lecteurs beaucoup de plaisir dans la découverte du français.  Le plaisir…tout est là.

 

 

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