L’adorable Lola

Les mots doux, Tu m’aimes ou tu m’aimes pas?, Un bisou c’est trop court, L’île aux câlins … Lola est une héroïne qui s’exprime depuis plus de 20 ans grâce à ses deux parents attentionnés, Carl Norac et  Claude K. Dubois.
Née d’une anecdote amusante (une petite fille qui n’osait pas poser sa question à Carl Norac et gardait sa bouche toute gonflée comme si les mots ne pouvaient en sortir), cette petite hamster raconte au fil des histoires ses déboires avec la vie qu’elle apprivoise.
Le choix de cet animal, petite boule de poil douce et molle qui peut se contorsionner facilement, permet à Claude K.Dubois de rendre plus expressives les émotions vécues. Car une émotion n’est jamais petite n’est-ce pas ? Lola nous le fait bien comprendre.

La jolie connivence installée autour du personnage offre chaque fois aux tout-petits de vivre un moment d’intimité qui les touche vraiment. Les émotions et les réactions aux évènements y sont toujours sincères car Lola incarne parfaitement bien l’enfant de 2/3 ans qui passe du rire aux larmes, qui s’emballent puis se dégonfle, qui s’enthousiasme avec exagération puis retombe dans sa déception.

Carl Norac concocte des textes rythmés et souriants, aux sonorités que les petits adorent. Carl est poète et comme il l’explique dans l’une des vidéos que vous pouvez voir sur le site de l’éditeur, le domaine des albums jeunesse lui permet d’écrire des  » petites proses » proches de la poésie.
Il raconte aussi que les histoires de Lola sont souvent inspirées par une anecdote autobiographique. Dans Adorable, c’est tout moi !  il exprime un petit « ras le bol » des enfants plantés devant la télé à regarder des émissions dont ils ne comprennent pas les ressorts. Heureusement, l’humour allège et efface tout aspect moralisateur qu’il n’y a jamais dans ces histoires. Ce qui est sûr, c’est que Lola explore ses limites en voulant en faire un peu trop. Elle trouvera refuge dans un livre et offrira une chute espiègle au lecteur.

Sous le doux crayonné de Claude K.Dubois, Lola, tout en rondeur, avec son petit ventre blanc et ses joues roses, provoque aux grands comme aux petits un sourire tendre. Et à cet âge, on a besoin de ça. Il y a quelque chose de sécurisant chaque fois qu’une histoire se termine. Un calme après la tempête qui pourrait bien recommencer quelques minutes plus tard.
Ce sont des histoires qui font du bien et parlent de l’intime quand ne sait pas encore mettre de mots sur nos émotions.

« L’émotion est la seule force directrice dans mon travail. Je ne dessine pas pour le côté graphique, celui-ci me sert en fait à traduire avec force les sentiments de mes personnages : la joie, la tristesse et, toujours en filigrane, la fragilité et l’étonnement face au monde qui nous entoure. Le regard des enfants croisera celui de mes personnages. Pour que cette rencontre magique ait lieu, il faut que ce regard soit vrai, sincère et vivant. » Claude K. Dubois

Le voyage

J’aime l’idée du voyage. Cela implique immédiatement de porter son regard loin, au-delà du bout de notre nez. Voir plus loin. Devenir curieux. C’est ce jeu de regard que je vous propose en découvrant ce très bel album, Le voyage, créé par Caroline Pellissier et Mathias Friman (Seuil jeunesse).

Les indices du début sont contradictoires: il y a d’abord cette page couverture douce et onirique  représentant le vol d’une baleine (grâce à des ballons jaunes et bleus) au-dessus de la terre, et cette ville reconnaissable entre toutes, Paris. Dans la baleine volante comme un zeppelin, on aperçoit un lion par le hublot. Et il y a les pages de garde nous amenant au ras du sol recouvert de feuilles, territoire de prédilection des petites bêtes. Puis la page titre avec ce personnage (un pélican?) annonçant le zoo. Le rêve est là, avant même de commencer le voyage. Intriguant.

Un voyage se prépare:  tandis qu’Hippolyte (l’hippo) vient s’assoir dans son vieux fauteuil, Léon (le lion) travaille sur la notion du temps et Sergent Poivre (la girafe) pense à son vieux rêve, celui de rencontrer un enfant. Quelle folie! Ils mettent pourtant tout en oeuvre pour le réaliser. Rien n’est laissé au hasard, comme le montrent les illustrations avec humour : plans, lunettes, livres, vivres…tandis que la baleine, Majortom se concentre sur l’itinéraire. D’autres amis de la savane assistent au départ, certains les accompagnent. Et c’est parti pour faire le tour de la terre et arriver à Paris.
Arrivés devant la grille du zoo, les quatre amis se donnent rendez-vous dans trois jours.

L’histoire fait entrer le lecteur dans un jeu entre liberté et emprisonnement. D’un côté et de l’autre des grilles des cages, on s’observe. C’est aussi le jeu des regards et des points de vue entre animaux et humains qui donne tout son sens à l’histoire.
Grâce à des détails précis, on reconnait vite nos amis parmi les animaux du zoo : fez rouge pour le lion, lunettes rouges pour la girafe… Dans un trait simple qui ne manque pas de détail et quelques pointes de couleurs qui donnent des points de repères au lecteur,  l’oeil se promène, comme aux aguets. Vous observerez aussi le jeu des motifs qui reviennent d’un personnage à l’autre. Quant au tapis de feuilles des pages de garde, il est bien celui qui tapisse les allées du zoo et lui donne un petit air rêveur. Magnifique travail de dessin et crayonné!

Et la rencontre avec les enfants, me direz-vous? Il s’agit plutôt d’une observation emphatique qui met en lumière la façon dont les enfants jouent, crient, s’émeuvent, pleurent, rient… Malgré un ton parfois moralisateur (« Les enfants ne cessent d’expérimenter. Ils veulent tout comprendre, tout essayer »), on ne peut s’empêcher d’adhérer à ce point de vue qui valorise ce que sont les enfants: des êtres dont les sens et les émotions en font des capteurs de sens, des capteurs de rêves.
Clairement, le voyage en valait la peine!

Le voyage, créé par Caroline Pellissier et Mathias Friman (Seuil jeunesse).