La chambre d’Adèle

Ce qui est pratique quand tu animes un blogue, c’est que tu peux parler de tes propres livres 🙂  
Alors voilà, je vous annonce avec un immense plaisir la sortie de mon dernier album en date,  La chambre d’Adèle, avec les charmantes illustrations de Mügluck (Edito jeunesse).

 

Adèle est une petite fille à l’imagination débordante, tellement débordante qu’elle en oublie le temps, les gens, les repas, le bain et tout le reste. Dans sa chambre, elle construit un monde inspiré de ses jouets, de ses livres, mais aussi des promenades hebdomadaires que lui font faire ses parents au musée du cheval, au musée du miel, au musée des océans…

Adèle la magicienne offre à ses jouets une vie extraordinaire ! Bien sûr, elle met ÉNORMÉMENT de bazar dans sa chambre. Ses parents s’en affolent chaque fois. « Mais enfin, Adèle, tu n’as pas besoin de mettre autant de bazar pour jouer ! ».
Or, ce samedi-là, voilà qu’ils partent visiter un musée de la peinture. Adèle emporte Nours avec elle.  Heureusement!  Car c’est lui qui nous raconte cette histoire et la découverte d’un tout autre bazar que celui de sa chambre.

La chambre d’Adèle est un hommage à la grande liberté le jeu, au temps nécessaire pour les enfants à pouvoir rêver. Par le jeu inventé, un enfant se révèle et va puiser dans les tiroirs de son cerveau et de ses émotions pour recréer un univers qui lui permet de s’évader, qui l’amuse et le réjouit.

Cette histoire, inspirée par quelques jouets anciens du musée McCord de Montréal que vous découvrirez en dernière page (mais qui peut exister sans cette référence aussi), a été illustrée par Mügluck qui crée ici son premier album jeunesse. Regardez bien les illustrations : elle y a glissé des clins d’œil, elle rend bien compte de l’espace flou entre la réalité et la fiction en jouant sur les échelles des personnages. C’est pourquoi Nours qui a tant d’importance prend parfois des proportions gigantesques.
Son trait expressif et coloré rend très vivante cette chambre et ses petits habitants.

La sortie de cet album donnera lieu à diverses activités  auxquelles je vous convie :

 

Classe de lune !

Cette semaine, j’étais dans la lune.
J’avais en souvenir la date du 20 juillet 1969. Les premiers pas sur la lune.  Ce soir-là, je dormais chez mon parrain à qui j’avais fait promettre de me réveiller pour assister à l’alunissage du LEM d’Apollon XI. Je revois sa télé en noir et blanc (en accord avec l’espace lunaire), je me revois assise sur le tapis, les yeux écarquillés devant l’importance du moment, et je me souviens des astronautes descendant la petite échelle…Depuis ce jour-là je laisse toujours mes rideaux de chambre ouverts les soirs de pleine lune.
Fascinante et attirante lune. Apprivoisée depuis 50 ans, on y envisage aujourd’hui des voyages touristiques. Et même des sorties en Classe de lune.  
Ah, la merveilleuse idée de John Hare ! Son histoire sans texte (aux éditions Pastel) laisse la place au rêve et à la fantaisie du cosmos. En même temps, le petit lecteur se sentira tout près des émotions du héros de l’histoire. Un rêve spatial, donc, et une connexion proche du quotidien de l’enfant. 
Bien sûr, le paysage lunaire crée un effet magique. Non seulement par l’espace et les cadrages choisis, mais aussi par la très belle facture monochrome gris et noir. L’attendrissant petit bus scolaire jaune nous met le sourire aux lèvres. et puis, il y a aussi l’habile façon dont Hare donne une expression  aux silhouettes des enfants en classe de lune, pourtant si semblables dans leurs tenues de minis cosmonautes.
Le rythme de la narration rend très vivante cette histoire touchante pour laquelle on pourrait facilement imaginer une suite (?).  Car maintenant qu’un enfant y a apporté de la couleur, comment la lune pourrait-elle s’en passer ? Lire un extrait

Cet album, et l’actualité autour du 50e anniversaire du premier pas humain sur la lune m’a donné envie d’évoquer d’autres histoires,  sous d’autres aspects…
Il y a les classiques comme Bonsoir Lune, comptine du rituel du coucher. Ou le Tintin, Objectif lune et On a marché sur la lune datant respectivement de mars 1950 et octobre 52 !! Quand même, cet Hergé !
Je n’oublie pas la lune bienveillante et symbolique à travers la fenêtre de la chambre de Max dans Max et les Maximonstres. Symbole maternel qu’Anthony Browne utilise aussi dans Tout change. Il affiche au mur de la chambre de l’enfant les cycles de la lune, mais aussi le ciel étoilé de Van Gogh et E.T, symbole de l’autre, cet étrange inconnu.

Des histoires mettant en scène la lune de façon plus fantaisiste encore : Jean de la lune qui comme souvent dans les histoires de Tomi Ungerer oblige le lecteur à décaler son regard. Ici, pour constater que débarquer sur la terre n’est pas du goût de tout le monde. Certains  humains (les autorités, surtout) sont vraiment peu accueillants…

Dans Les collines du fantôme , la lune  pleure tant de ne connaitre ni vie ni couleurs qu’elle en inonde ses cratères. L’art abstrait et lyrique de Marcelle Ferron embellira désormais sa vie. Ou encore  Papa sur la lune, fantaisie sur le quotidien d’une famille séparée, maman vivant sur la terre et papa sur la lune (et non dans la lune!).
Décroche moi la lune est quant à lui un album universel, disant l’amour inconditionnel d’un papa prêt à tout pour son enfant. Un livre poétique qui permet de faire le lien avec le très célèbre Que fait la lune, la nuit ? d’Anne Herbauts.
J’aurais pu facilement allonger la liste.
Quel joli thème à explorer, quel bel astre à admirer, depuis cet ouvrage paru en 1959, un livre qui a peut-être inspiré John Hare dans sa jeunesse? (cf. article du New Yorker) You will go to the moon

À n’en point douter, la lune ne cessera jamais de nourrir notre imaginaire ! Elle réunit poètes et scientifiques. N’est-ce pas une motivation suffisante pour choisir des histoires dont elle est l’héroïne?

Des Grandes Personnes qui prennent soin des enfants

On les connait depuis longtemps, ces livres d’une beauté extraordinaire, qui suscitent émerveillement et curiosité. Ils nous viennent de grandes personnes bienveillantes qui souhaitent offrir aux enfants des univers qui agrandiront leur imagination. Oui, la maison d’édition Les Grandes Personnes met tout son coeur à faire battre celui des enfants devant la beauté de ce que l’édition papier peut offrir de meilleur. Rien à brancher ni à activer pour errer à travers les pages, pour admirer tranquillement, s’étonner, déplier, déployer …
Je retiens quelques-unes de leurs dernières parutions dans l’esprit insufflé à la création de la maison d’édition.
Ma maison de Laëtitia Bourget et Alice Gravier.
Une invitation à suivre celle ou celui qui nous invite dans sa maison. Il faut quitter la ville en train, en car, puis se plonger dans une nature douce et poétique. On y sent la présence humaine par quelques détails. Les créatrices jouent sur le rapport entre l’extérieur et l’intérieur et n’oublient pas de ponctuer l’histoire qui se déroule en dépliant le livre, de petites touches d’humour. Le jeune lecteur sera attentif aux détails et aura du plaisir à dans les illustrations d’autres histoires qui se racontent en parallèle. Il y a quelque chose d’intemporel (la nature) et de très contemporain à la fois (un hipster tatoué, un ordinateur…).
À propos de Laetitia Bourget, on lit sur le site des Grandes Personnes: « Pour elle, s’adresser aux enfants signifie s’adresser à tous, quand s’adresser aux adultes, c’est exclure les enfants. Or il y a bien des aspects de nos existences qui nous concerne tous, de vastes étendues partagées, un espace d’histoire commun où nous nous reconnaissons, au cœur de chacun. »

Lignes, de Suzy Lee, lignes enivrantes et majestueuses qui tracent de page en page les mouvements d’une patineuse artistique. Son tracé est une écriture qui raconte sur l’étang gelé la joie de cette petite patineuse à sinuer sur la glace. Suzy Lee ne nous lasse jamais dans ce livre sans texte, à admirer les boucles et regarder les exploits de la patineuse. Elle varie les points de vue, nous rend compte de son allure,  de sa concentration, de…Mais voilà qu’à la dernière pirouette, elle fait une mauvaise réception. Ou est-ce le crayon qui a manqué son trait? Comme on peut le lire sur le rabat de la jaquette : Qu’elle soit dessinée par la pointe d’un crayon ou la lame d’un patin à glace, la magie commence ici. Quelle magnifique idée ! Une simplicité digne du grand art. Peut-être une inspiration de Twombly? À moins que ce ne soit Calder…
À noter aussi, le joli clin d’oeil des pages de garde. L’une, blanche, sur laquelle est posé un crayon et une gomme à effacer. L’autre au tracé d’un étang gelé.

5 Maisons de Dominique Ehrhard.
On parle peu d’architecture, trop peu. Pourtant, c’est l’art qui nous touche le plus directement puisque vivons DANS l’architecture.  Les architectes réfléchissent aux espaces de vie, à l’intégration des bâtiments dans la ville ou dans la nature, aux lumières qui doivent entrer dans la maison, au confort… Dans ce livre en format paysage, vous admirerez 5 maisons qui se déploient. Elles ont été conçues par 5 des plus grands architectes du XXe siècle. On connait Le Corbusier ou Robert Mallet-Stevens, mais peut-être moins Shigeru Ban. Ce n’est pas grave, vous pourrez les découvrir à la fin du livre où une brève biographie pour chacun est présentée. Film https://youtu.be/iMjUZqfoSCw

Enfin, et non le moindre, un album tout en hauteur, Oiseaux  de la grande Kveta Pacovska. Elle y est fidèle à la poésie de sa plastique cubiste rouge, noire, et argentée. Les oiseaux se tiennent debout, l’un avec un bec crayon, l’autre avec son habit de clown, ils portent tous des costumes différents. J’en ai même trouvé un qui joue de l’accordéon. Et justement, parlant d’accordéon, comme le livre  peut facilement s’ouvrir en un large cercle de ses pages qui se déplient, j’imagine déjà les enfants dans leur forteresse aux oiseaux, vous guettant par quelques petites ouvertures qui laisseront entrer la lumière, ou se cachant au creux de la volière de papier.
« Finalement j’aime attendre tous les jours mes oiseaux et me réjouir de leurs costumes merveilleux ». Kveta Pacovska offre aux enfants un monde merveilleux qu’ils voudront, j’en suis certaine, imiter en se mettant eux-mêmes à créer leurs oiseaux de collage.

« L’émerveillement est une chose inutile…mais aussi indispensable que le pain! » (Rio Ponti).

Les petites personnes vous disent « merci, les Grandes Personnes! ». Et puis c’est Noël bientôt, non?

Pitié, pas de tablettes avant 5 ans!

Nous lisons partout et tout le temps. Nous lisons des panneaux, des codes, des chiffres, des notes. Nous lisons les publicités, les visages qui nous entourent dans un autobus, nous lisons, nous décryptons, notre oeil travaille sans cesse à comprendre les informations.

des bébés et des livres

Le tout-petit entre dans le monde avec l’aide de ses sens et très vite, il va trouver un immense plaisir à communiquer par l’ouïe et le regard.
Le regard, celui du visage qui se penche sur son berceau, dont les contours vont peu à peu devenir nets. À l’amour lu dans ses yeux, il répondra par un sourire et l’interpellera par des pleurs quand il aura faim. Mais il découvre aussi objets, jouets, meubles, son biberon, son berceau, tout ce qui lui est proche.
L’écoute, il en bénéficiait déjà dans le ventre de sa maman. Cette fois, il va pouvoir réellement sentir les vibrations de la voix dans les bras d’un adulte ou réagir à la musique et au rythme des petites berceuses. Aussitôt debout, il se dandinera parce que le plaisir de l’écoute commandera à son corps de se mettre en mouvement.

Dans son début de vie, il est prêt à être en communication avec les autres humains. Et si bien sûr, le milieu familial est essentiel à son équilibre, bientôt, les petites histoires qu’on lui raconte vont activer  de nombreux chemins dans son cerveau pour commencer à développer son univers imaginatif. Pourtant j’entends encore dire « oh merci pour le livre que tu nous a offert, on lui lira quand il comprendra, ou quand il sera plus grand ». Comme c’est bizarre, encore aujourd’hui de constater combien certains adultes sous-estiment l’intelligence des bébés!

Est-il nécessaire de rappeler que l’imagination est notre force, à nous humains?
Le potentiel d’imagination qui est en nous dès la naissance a besoin de nourriture. L’imagination, c’est ce que découvre un enfant à travers une histoire, donc une fiction. C’est le temps d’un rêve. Car une histoire imaginée n’est au fond qu’une autre façon de voir la vie réelle. Et cela, c’est sans compter sur l’apport de l’illustration (qui fera l’objet d’autres articles).

Lire avant de savoir lire, c’est surtout donner une chance aux enfants de commencer leur vie d’humain en se reliant aux autres par l’imaginaire qui est puissant et qui nous a transformés depuis des millénaires.
Les fictions montrent aux enfants que la vie est remplie de petites aventures où les émotions sont importantes. Ils apprennent peu à peu à les reconnaitre par les mots d’une histoire. On raconte et l’on voit un enfant qui pleure dans un livre. Voici notre petit lecteur qui prend sa mimique triste. On raconte l’histoire d’une surprise et voici ses  sourcils qui se lèvent aussitôt.

La capacité à se mettre à la place des autres arrive tôt dans la vie humaine, et les livres aident à mieux comprendre toutes les émotions dont nous sommes fait.e.s (et dans émotions il y a « motion », donc « bouger », l’enfant se met en mouvement en comprenant).
Et cela, c’est grâce aux livres, pas grâce aux tablettes. Parce que les tablettes n’ont aucune vie humaine. Elle ne feront jamais comme nous avec un enfant: le bercer, lui chuchoter des mots doux, le rassurer, rire avec lui. Elle ne feront que déshumaniser et réduire le champ imaginatif.
Elles prendront les commandes de son cerveau et lui feront perdre la liberté qu’apporte un livre: tourner les pages à notre rythme, revenir en arrière, rester longtemps sur une image…
PITIÉ, pas de tablettes avant 5 ans, pour  donner une chance aux tout-petits d' »entrer en humanité », en être de culture, c’est à dire à devenir une personne prête à recevoir et transmettre plus tard ce dont elle sera faite.
C’est ainsi que se construit sa vie humaine. Par les humains, donc par la littérature.