L’amour est dans le pré

J’aime bien ce ton mi oral mi littéraire, qui peut être la voix d’un narrateur extérieur ou celle d’un personnage de l’histoire. Le cochon, le cheval ou la vache par exemple, témoins des aventures d’un fermier qui fait décidément tout de travers : il s’enlise avec son tracteur, vérifie si les cochons ont pondu des œufs, et il veut tondre la vache. Un fermier qui a la tête ailleurs.

Dans Le fermier amoureux, de Pim Lammers et Milja Praagman, (une traduction du néerlandais publiée à La courte échelle) , il se passe en effet de drôles de choses. Mais les animaux, avec lesquels le fermier entretient de très bons rapports à en croire l’affection qu’ils lui portent, se montrent généreux et astucieux. Après quelques coups d’essai, ils réussiront à résoudre son problème qui le rend gauche, qui le fait bafouiller et rougir : il est trop timide pour avouer son amour au vétérinaire.

On saluera ici l’histoire non stéréotypée d’une relation homosexuelle, qui plus est, se déroule à la ferme.
Bedonnant sous son chandail de laine bleu aux mailles un peu lâches, les yeux rêveurs, le sourire niais, le facteur attendrit autant le lecteur que les animaux.

Menée à la façon d’un conte, avec des étapes qui font évoluer le récit, l’histoire est tendre et drôle. Une drôlerie qui provient surtout des illustrations en aplat et aux traits fins. Dans leur fantaisie, leur naïveté et les petits détails qui en disent long, elles rendent compte des émotions maladroites du fermier : on le voit face au vétérinaire les pieds un peu rentrés vers l’intérieur, le nez et les joues rouges, l’air benêt quand il tire sa brouette…Du minimalisme réussi au service de l’atmosphère. L’aspect un peu gauche des émotions provient aussi de la disposition des personnages ou des animaux dans les pages. Sur des aplats colorés aux teintes pastels, on les dirait posés là, presque étonnés d’être dans l’histoire. Comme cette page où les animaux pointent le bout de leurs museaux sur le bord gauche, ou celle où ils se retrouvent dans l’arbre pour faire réagir le fermier.
Enfin, cet album a un bon rythme de lecture, des répétitions amusantes, un parti pris de bonheur.
Comme parfois, j’aime faire un lien musical. J’ai pensé aux premières phrases d’une chanson que mon père fredonnait les jours où sa vie était plus légère:
Couchés dans le foin
Avec le soleil pour témoin
Un p’tit oiseau qui chante au loin
On s’fait des aveux
Et des grands serments et des voeux
On a des brindill’s plein les ch’veux
On s’embrasse et l’on se trémousse
Ah que la vie est douce, douce
Couchés dans le foin avec le soleil pour témoin

Vive l’amour dans le pré!