Mia et la mer

À quoi sert l’art ? À découvrir un peu plus de notre humanité qui s’exprime travers une œuvre, une musique ou des mots.
À la lecture de Mia et la mer, nous sommes dans cette découverte, conduite par des mots et des illustrations qui témoignent de la grande sensibilité des personnages de l’histoire.

Oui, ce sont les premières impressions ressenties à la lecture de cet album et il est toujours bien d’y revenir. Quelle trace l’histoire laisse-t-elle en nous ? Comment prend-t-elle sa place dans notre cœur, notre corps ?

La première double page de Mia et la mer nous plonge dans l’intimité d’un père et de sa fille que l’on aperçoit par la fenêtre de leur maison, nichée au creux d’une multitude d’autres, disposées sur une colline. L’imaginaire de la mer s’installe dès cette page car au lieu d’inscrire le texte dans un phylactère classique ou sur la zone claire d’une page, le texte flotte au-dessus de la mer racontée par le père, un vieil homme (ou je dirais plutôt un homme vieilli). Ses histoires nourrissent l’esprit de sa petite Mia depuis toujours et stimulent son rêve de rencontrer « l’infini gigantesque qui enserre la Terre dans sa cape bleue …». Ce rêve se réalisera et lèvera le voile sur un grand bonheur, celui de découvrir ensemble quelque chose d’aussi beau.

En finesse, l’histoire évoque en filigrane la vie difficile des pêcheurs face à l’industrie de la pêche industrielle qui vide les océans. Elle montre surtout combien l’amour pour l’enfant conduit le père vers la lumière et la vie plutôt que de s’abandonner à la tristesse de son sort.
Mia, c’est la joie à laquelle on ne peut résister, à laquelle on ne peut mentir.
J’ai aussi noté ce mot, « gratitude» , si rarement employé. Peut-être est-il porteur d’un sens plus lourd qu’une enfant de huit ans pourrait le dire mais il signifie l’importance du cadeau de son père. Elle montre sa grande joie dans les bras de cet homme qui a trimé dur pour atteindre ce but. Un cadeau pour la vie. Pour leur vie qui s’harmonisent à travers les histoires.

Les illustrations texturées (beau travail digital) offrent une grande variété de cadrages, de points de vision. Elles nous montrent les personnages de très près parfois, ou très éloignés à d’autres moments, mais elles ont toutes en commun une lumière bien particulière. Le bleu et le jaune sont très présents, se mêlant tour à tour pour offrir parfois la beauté d’un vert émeraude. Leur rôle expressif reflète les sentiments qui traversent le récit comme celle où l’on perçoit l’ombre du grand-père évoqué près de sa barque naufragée dans une démarche d’abandon ou, à l’inverse, celle de Mia découvrant la mer, petite silhouette écartant les bras de bonheur. Espérons que cette joie que porte Mia lui reste longtemps encore.

Mia et la mer, éditions Les 400 coups
À la mémoire de Guillermo Anderson, dont la chanson Llevarte al mar a inspiré ce récit . Album publié originellement en Uruguay. Traduction : Jude Des Chênes
Voir le travail de Roger Ycaza :

http://rogerycaza.blogspot.com/2018/04/alma-del-mar-dinamarca.html