Pablo

Pablo. Quel joli prénom ! Celui d’un artiste génial, un artiste comme le sont tous les enfants du monde.
Pablo est un œuf. Il est sur le point de naître. C’est ainsi que commence l’histoire de Rascal publiée chez Pastel. « Il a un tout petit peu peur ». La prudence est de mise  à se dévoiler au monde. Les yeux, les oreilles, le bec, … Au fur et à mesure qu’il explore ses sens et ses possibilités physiques, grandit l’envie d’aller plus loin encore. Il aura bientôt besoin de  ses pattes, puis de ses ailes, pour prendre son envol.

Quand je découvre une histoire aussi belle et limpide que celle-ci, je pense d’abord, « quel talent ! ». Et il en faut, pour faire le récit de la naissance. Dans une métaphore belle à lire et à regarder, plutôt que de jouer immédiatement avec l’image du poussin naissant, Rascal étire le livre de page en page, prenant ainsi le temps de raconter la métamorphose de l’œuf.  Peu à peu, le petit être prend sa place. Il s’inscrit dans le monde. Discrètement d’un œil, puis, de deux, de son bec, de ses pattes, de ses ailes. Rascal raconte l’émerveillement et la curiosité qui nous poussent à nous aventurer toujours : regarder le monde, l’entendre, le toucher, le goûter, le respirer. Un monde qui invite à y entrer de façon plus marquante, sans peur désormais.
Le texte évolue d’ailleurs avec le mental de l’oisillon: de « il aimerait » en première partie de livre, on peut ensuite lire « il veut ». Rascal prend aussi soin dans la dernière image d’évoquer la trace indélébile de la naissance. Car même si en prenant son envol, l’oisillon se débarrasse de sa coquille, il « s’en est quand même gardé un petit bout. Pour les moments où… ».

Nos premiers instants, nos premiers pas, nos premières impressions sur terre sont marquants et déterminants pour la vie. Prendre le temps de retracer ce commencement est toujours important et rassurant aux yeux des petits. J’y lis aussi l’idée de s’émerveiller encore et toujours de notre venue et notre présence sur terre.

Le choix du noir et blanc est graphiquement très efficace, d’autant plus que Rascal garde la touche colorée pour la dernière page. Une couleur que chacun apporte sur terre.
Le noir et blanc illustre symboliquement la métamorphose de la vie: dans l’oeuf, il fait tout noir. En cassant la coquille, le poussin entre dans la lumière. C’est tout le joli sens du livre.

« On est comme on nait » Frédéric Dard. Rascal, comme à son habitude, dépose un clin d’oeil poétique avant l’histoire. Une histoire qui est celle de chacun.

Pablo

En 2019, Nous sommes là!

Sous le titre du livre Nous sommes là, nous pouvons lire: « Notes concernant la vie sur la planète terre. »
Dans une démarche errant entre le scientifique et le poète, Oliver Jeffers dédie ces notes et cet album à son fils Harland: « Voici les choses que je pense que tu dois savoir ».

Avant de savoir lire des mots, des phrases, on « lit » le monde qui nous entoure. On en découvre les odeurs, les formes, les couleurs. Et pour « lire » ce monde, c’est à dire le regarder, l’entendre, le comprendre, nous avons besoin de l’autre.
Accueillir un enfant sur terre est un choc émotif autant pour lui que pour ses parents. Un petit être arrive, dépendant de nous, qui va découvrir et vivre mille et une choses. Comment lui présenter son environnement? Quoi lui dire? Comment lui expliquer ce que nous sommes et où il vit? Et lui dans tout cela, comment faire en sorte qu’il n’y soit pas perdu ?
Dans la préparation de son tout petit à appréhender au monde, Oliver Jeffers le met en appétit, il ouvre son regard, met l’accent sur la diversité. Il tisse des liens entre l’infiniment grand et l’infiniment petit (entre le cosmos et l’homme), entre nos points communs (quand il décrit l’être humain par exemple) et la richesse de nos différences. Il lui raconte les chemins à explorer pour ne pas se perdre et pose les jalons de sa connaissance du monde.

À la première lecture, j’ai bizarrement eu un petit agacement, me disant qu’un tout petit ne se posait pas toutes ces questions d’un coup. Que son envie d’écrire ce livre restait une envie d’adulte qui intériorise ses propres émotions et devant un nouveau né et ressent le besoin impérieux de les partager, avec peut-être une légère anxiété devant l’immensité du travail à faire comme papa.
Puis, en me rappelant les animations que je donne régulièrement dans les classes, j’ai totalement adhéré à l’idée de Jeffers. Car en effet, prendre du recul, ne jamais oublier où nous vivons et ce que nous sommes sont des propos qui touchent les enfants. On ne leur dit jamais assez qu’ils sont uniques, mais en même temps, en lien avec des milliards d’humains. Alors, avant qu’internet ne se charge de leur balancer tout et n’importe quoi, cet album est un merveilleux moyen d’ouvrir le dialogue, d’offrir des premières clefs de compréhension, des points de repères et l’éveiller sans mièvrerie à la beauté des choses.

Oliver Jeffers prend son rôle de père « pédagogue » très au sérieux avec beaucoup d’humour ! Il décale par exemple les points de vue: « nous sommes heureux que tu nous aies trouvés car l’espace est immense ». Il allège le ton sans cesse par les nombreux détails glissés dans les illustrations, déclinant des bleus, des orangés et des mauves magnifiques.
Et à travers toute cette démonstration, il aborde des concepts essentiels : le cosmos, le temps, la vitesse, la vie, la mort,  l’environnement, le respect…

Quant à la condition humaine, celle de notre éternelle solitude, Jeffers rassure son petit Harland, lui disant pour conclure : «il y aura toujours quelqu’un pour répondre à tes questions».

En début d’année, nous renaissons un peu. Lire cet album fait beaucoup de bien.

vers le site d’oliver Jeffers

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