Découvrir l’univers de Julie Flett

Grâce à deux publications d’albums, l’une à la maison d’édition Prise de parole, l’autre à La Pastèque, je vous invite à découvrir le magnifique travail tout en délicatesse de Julie Flett, illustratrice et artiste crie-métis. Dans Les libellules cerfs-volants, Julie Flett illustre une histoire bilingue de Tomson Highway (auteur originaire du Manitoba) racontée en langue …

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En compagnie d’Hulul, Ranelot, Bufolet, Porculus et les autres

La toute première fois que j’ai lu Porculus à un enfant, j’ai immédiatement senti la magie opérer. Il en cernait l’absurdité (une fermière qui tient à passer l’aspirateur partout, y compris dans la porcherie !), la tristesse de Porculus qui ne retrouvait pas « sa boue si douce », sa colère qui le poussait à quitter la ferme, sa peur quand il fut pris dans le ciment (qu’il avait pris pour de la boue).
Le dénouement est heureux et tendre, sans mièvrerie. Mais il y a tant d’autres choses dans cette histoire. Comme dans toutes celles d’Arnold Lobel qui fait de chaque jour une découverte inouïe.
Dans les histoires d’Arnold Lobel, l’enfant lecteur est fortement impliqué dans l’action et l’émotion des personnages. Il compatit aux petits et grands soucis des héros en cheminant dans l’histoire grâce à de délicieuses et humoristiques illustrations. Arnold Lobel dessine comme il écrit.
Sa poésie est de connivence entre le texte et les vignettes amusantes qui le rythment.
Arnold est l’un de ces écrivains éternels. Son œuvre fait fi du temps qui passe car les grandes aventures des enfants d’hier, d’aujourd’hui et de demain sont celles qui se déroulent devant leurs yeux, sous la couette, dans le jardin, seul ou avec des amis.

Parlant d’amis, en voici deux qui vous feront craquer ! J’ai un petit faible pour Ranelot et Bufolet, une jeune grenouille et son ami crapaud. C’est beau et poétique, c’est l’amitié miroir dans la simplicité, dans ce qu’elle a de plus pur. Avec ce duo, on fait le plein de tendresse et on sent du bout des doigts cette logique enfantine qui fait les grandes histoires : prendre des risques mais pas trop, se moquer mais pour rire, bousculer l’autre par trop d’envie de partager une aventure. Des aventures nature !

Hulul, sage hibou ayant la lune comme seule amie, est peut-être le plus poétique des personnages dArnold Lobel. Il joue complètement avec l’imaginaire et labstraction. Son invité, cest « ce pauvre vieil Hiver » ; sa peur ce sont les « bosses étranges » aperçues au bout de son lit ; sa tristesse a le goût salé dun « thé aux larmes » ; sa solitude, il la combat mais « il ne peut arriver à être dans les deux endroits en même temps ». Hulul est sans doute le personnage qui nous rapproche le plus dArnold.

Dans le recueil Hulul et Compagnie  Sophie Chérer nous parle de ce prodigieux créateur : « L’imagination était sa seule arme dans son enfance malheureuse, lui l’enfant dont on se moquait, qu’on méprisait, que l’on pensait retardé. Après avoir fait des études artistiques, il finira par décrocher un travail d’illustrateur chez l’éditeur Harper and Row pour finalement écrire ses propres histoires. « L’un des secrets des bons livres pour enfants, c’est que personne ne peut écrire de livres pour enfants. On doit écrire des livres pour soi-même et sur soi-même », dit-il.
Ce qu’il préfère, c’est dessiner des animaux qui se comportent comme des humains. Et ce qu’il préfère raconter c’est l’histoire de personnes qui racontent des histoires. Les histoires sauvent la vie, il le sait bien et il écrit pour que personne ne se sente abandonné en lisant. »

L’univers d’Arnold Lobel est certainement l’un de ceux qui rendent les enfants moins seuls parce qu’il met leur imaginaire à portée de mots. Je vous invite à apprécier la finesse de ses histoires et surtout à les proposer aux premiers lecteurs. Car les textes illustrés sont l’idéal pour apprendre à lire.

Et maintenant, que choisir parmi les histoires d’Arnold Lobel ? Si elles ont toutes été regroupées dans le recueil Hulul et Compagnie, vous pouvez aussi les trouver indépendamment les unes des autres.

Ranelot et Bufolet                        ou                             Hulul        ?

Le magicien des couleurs           ou                           Porculus      ?

Et d’autres à découvrir sur le site de son éditeur

L’arbre qui cache la forêt

En me promenant ces jours-ci, j’ai vu des bourgeons sur certains arbustes. Et oui, le printemps s’épanouit et redonne beaucoup d’espoir. Les arbres sont nos totems !
Représentés de façon minimaliste en aplat, ou en volume, détaillés de branchages et de feuilles, les arbres occupent une très belle place dans les albums de littérature jeunesse. Certains servent d’habitation, d’autres définissent l’espace comme un décor de théâtre, d’autres jouent un rôle tel un personnage ou deviennent l’enjeu d’une histoire (C’est mon arbre !, Toto veut la pomme). Amis ou confidents (L’arbre généreux ou L’arbragan), les arbres abritent les émotions, les rêves, les désirs de regarder plus loin (Un jour je bercerai la terre) et viennent au secours des héros traqués (Comment cuisiner les lapins).

Quoi de plus normal que cette place prépondérante dans les histoires. Les arbres de la forêt ont depuis l’origine des contes ont un rôle symbolique. Ils cachent des êtres mystérieux, des fantômes, des loups, mais il nous faut traverser la forêt pour atteindre la lumière. Les arbres sont parfois refuges, comme dans le conte émouvant d’Aaron Appelfeld, Adam et Thomas, où deux enfants juifs trouvent leur survie grâce à la forêt nourricière.

L’arbre est si puissant que certaines histoires s’y déroulent entièrement : dans Je ne suis pas ta maman, Marianne Dubuc déploie l’espace vital de l’écureuil, un arbre touffu qui semble impénétrable. Pourtant une chose étrange y atterrit un jour qui changera à jamais la vie de l’écureuil et celle de l’arbre. Un arbre, ça se partage. DansL’arbre sans fin  de Claude Ponti, l’arbre pleure et accompagne Hippolène dans son grand voyage de tristesse. Elle se fraye un chemin parmi ses milliers de branches et de feuilles pour trouver un sens à la mort de sa grand-mère.

Dans le « roman-conte-fable » de Timothée de Fombelle,Tobie Lolness,  l’arbre est le personnage principal, celui sans lequel serait impossible cette
saga extraordinaire. Généreux, il offre sa richesse aux bons comme à ses détracteurs. L’auteur offre aussi un rôle à tous les êtres vivants qui s’y trouvent.
L’arbre dans un livre impose une réflexion sur notre rapport à la nature.

C’est d’ailleurs souvent dans cette perspective que le paysage a été exploité en art. L’arbre, en particulier dans les compositions classiques, rend  plus majestueuses les scènes religieuses ou mythologiques.

À l’époque romantique, il symbolise la puissante nature face à la fragilité humaine. Au début du XXe siècle, il est l’enjeu du passage de la figuration à l’abstraction. L’artiste Piet Mondrian  a travaillé sur la représentation de l’arbre, la simplifiant peu à peu, pour aboutir à de simples traits verticaux ou horizontaux.

Alors que Mondrian ouvrait en Europe la porte vers l’abstraction, Emily Carr, artiste de Colombie-Britannique représente les immenses cèdres de son pays comme s’ils dansaient sous le vent. Elle rappelle aussi le travail de peuple haïda qui a raconté sa mythologie sur leurs totems. L’art comme écriture sur les arbres. Un roman jeunesse vient de lui être dédié : Emily Carr

Les peintres fauves font aussi danser les troncs rouges et mauves dans le paysage comme dans cette toile du peintre Derain. Et plus près de nous, au Québec (première image de l’article),  Marc-Aurèle Fortin peint des arbres vibrant de lumière.

Derrière l’arbre se cache une multitude de représentations. Derrière l’arbre se cache la forêt.
Observez-les dans vos albums jeunesse ou les livres d’art à votre portée et lancez un atelier peinture sur ce thème.
Arbre minimaliste ? Arbre aux petites feuilles consciencieusement dessinées ? Arbres aux couleurs folles ? Arbres des saisons ?
Vue d’un arbre, notre vie prend une toute autre saveur. C’est la philosophie du célèbre conte, Le baron perché  d’Italo Calvino

Illustrations de haut en bas de l’article : Marc-Aurèle Fortin, Ste-Rose à midi / Mireille Levert (extrait de Un jour je bercerai la terre ) / Marianne Dubuc (extrait de Je ne suis pas ta maman) / Claude Ponti, L’arbre sans fin / Piet Mondrian, Arbre gris / Emily Carr, Forêt de Colombie Britannique / André Derain, Route de l’Estaque / François Place, page couverture de Tobie Lolness

Liste de livres sur le thème de l’arbre

Les 4 saisons de Saint-Camille

La conférence venait de s’achever. Pendant deux heures, j’avais parlé aux profs de la place de l’art dans nos vies, dans les livres pour enfants, pour finalement aborder Riopelle l’artiste magicien, porteur de magnifiques projets dont j’ai présenté les témoignages. »Ce serait formidable si on faisait une projet collectif à la façon de l’Hommage à Rosa Luxemburg, dans notre école », vint me dire Chantal à la fin de la conférence. « Vous seriez partante pour venir dans notre village ? »
On est toujours partant pour aller de l’avant avec une personne qui a envie d’enrichir son milieu, de l’amener plus loin. Et son milieu, c’est le village de Saint-Camille, Estrie, une école de 90 élèves, des parents allumés, présents, qui collaborent et s’investissent. Une communauté active qui fait de son village un lieu de vie où la culture crée des liens entre tous, des plus jeunes aux plus vieux, des agriculteurs aux profs, du maire au directeur d’école.

Quelques mois passèrent sans nouvelles et voici que Chantal me rappelle. Elle avait obtenu une subvention de la caisse Desjardins. Elle avait le soutien de Frédérick, son directeur d’école, et celui des parents prêts à l’aider à réaliser le projet. Le projet? Créer une fresque à la manière de Jean Paul Riopelle qui serait exposée sur le mur latéral de l’église. Autrement dit une oeuvre des enfants que les promeneurs pourront admirer en passant.

C’était encore l’hiver, à Saint-Camille, lorsque j’y suis arrivée. Les ruisseaux déjà prêts à déborder, criaient et roulaient sur les cailloux.
Les deux premiers jours, j’ai rencontré chaque classe. J’ai parlé du peintre, raconté sa vie, je les ai fait rêver. Riopelle est fascinant pour des enfants. Sa vitalité, son travail, son rapport aux animaux, à la nature, son amour des choses ludiques…Les enfants connaissent ça par coeur. Ils connectent facilement à l’artiste.
Ensemble, on a observé l’Hommage à Rosa Luxemburg, de fond en comble : là des clous, des outils, là des cercles olympiques. Ils voulaient tout savoir. « On dirait une soupe aux oiseaux » a lancé un petit de la maternelle 4 ans. « Il y a des oiseaux blessés » ont dit d’autres. Et oui, des blessures dans la vie de Jean Paul, il y en a eu beaucoup. « Oh on dirait des écouteurs, regarde ! » puis une minute après, « Mais non!…C’est des souris!! ». Et oui des souris mortes. Et tous ces oiseaux qui dansent la vie sur 40 mètres.

Le 3e jour, c’était à eux d’agir et créer LEUR murale. On était installé dans l’église (Le Camillois). Les planches de bois avaient été recouvertes d’un apprêt par des mamans aussi énervées que leurs oisillons qui allaient bientôt débarquer pour travailler. 8 m de long, c’est grand. Ce serait à la fois un hommage au peintre et un hommage à leur village. Alors on est partis sur le thème des 4 saisons à Saint-Camille. On a réfléchi ensemble à la faune, à la flore, aux couleurs, aux activités, aux outils, au rythme de la nature. Ils ont travaillé fort à préparer tous les pochoirs, à rassembler les outils et la végétation.
Quant à l’utilisation de la bombe aérosol, ils en rêvaient. Pour certains, c’était enfin l’occasion d’utiliser ce medium qui jusqu’alors, ne servait qu’à marquer les vaches malades ou les arbres à abattre.

Toute la journée, les enfants ont défilé pour projeter la peinture, retracer, colorier, dessiner, ajouter des détails. Au fur et à mesure, ils prenaient conscience que chaque geste avait son importance. Ils ont superposé les motifs, joué avec les projections de peinture, les contours. Ils ont appris à se servir des effets produits pour réinventer leur travail tout au long de la journée. Une telle fierté ses lisait dans les yeux des enfants et des parents venus en renfort pour m’aider ou ceux qui sont passés plus tard pour admirer !

Bientôt, cette fresque sera exposée sur le mur de l’Église pour l’été. Alors si vous vous baladez en Estrie, poussez donc jusqu’à Saint-Camille ! Je suis certaine que vous rencontrerez un enfant du village qui pourra vous commenter les 4 saisons de Saint-Camille, et vous parler de Riopelle.

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