L’histoire en retard

Marianna Coppo est née à Rome en 1990. En 2012, elle a décroché un diplôme d’illustratrice à Milan. Depuis, elle n’a pas cessé de dessiner. Elle aime les choses minuscules, les livres pour enfants, la mayonnaise et les voyages inattendus. Les ingrédients sont là pour qu’elle devienne un des grands talents de la littérature jeunesse.

Traduit par Nadine Robert et publié aux éditions Comme des géants, L’histoire en retard est d’abord celle d’une page blanche qui s’anime peu à peu de personnages ressemblant à des peluches (des animaux doucement colorés au crayon). Seuls dans la page blanche, ils sont perdus. Et pour cause, des personnages sans histoires sont un peu inutiles. Mais que faut-il pour créer une histoire?

D’abord, il faut un espace. C’est le livre. Ensuite il faut imaginer et faire en sorte que les personnages prennent vie. Mais tous n’ont pas quelque chose à raconter. Et tandis que certains restent passivement à attendre, le petit lapin rose, lui, prend en mains son destin de personnage sur la page de gauche. Au sens propre et figuré.  De ses mains, il fait naitre des brins d’herbe, un arbre, des oiseaux, un dinosaure, des nuages, une cabane…Toute une histoire.

Ah, la belle astuce de Marianna Coppo dans l’utilisation de cet espace déterminé par le livre. L’imaginaire que développe le lapin, qui prend corps sur la page de gauche, viendra  déborder sur celle de droite pour finalement embarquer tous les animaux et leur donner vie dans l’histoire inventée. Des oiseaux s’envolent, le dinosaure curieux vient saluer les animaux restés à attendre, un nuage leur pleut sur la tête. Finalement, une histoire est née alors qu’on ne l’attendait plus.
Et le lecteur peut y ajouter ses propres mots.

La mise en abîme du livre projette un message clair : si les livres sont là pour raconter et transmettre des histoires, chacun d’entre nous, petits ou grands humains, avons besoin d’histoires. Sans histoire, comment nous raconter ? Comment nous relier aux autres ? Comment trouver notre place ?

J’ai retrouvé dans cet album la philosophie et la simplicité du grand Leo Lionni (Petit Bleu et Petit Jaune, Pezzettino, Frédéric…).
J’ai aussi pensé à ces livres qui jouent sur la notion de narration et l’importance de l’imaginaire ( Carlo de Catharina Valckx, C’est un livre de Lane Smith ou plus récemment, C’est l’histoire d’Anne Crausaz).
Enfin, la mise en abime fait un joli lien avec les Lignes de Suzy Lee.

L’Histoire en retard  montre qu’inventer des histoires, c’est inviter à vivre, tout simplement.