Le voyage du vent

Avant de prendre le sentier touffu de la rentrée, j’aime explorer les livres reliés à mes émotions ou mes sensations de vacances. Je vous ai délaissés quelques semaines, chères lectrices et chers lecteurs, mais le vent m’a ramenée à la maison.
Le vent, c’est un petit frisson sur la nature qui s’éveille, c’est ce qui souffle la parole aux arbres, ce sont les oreilles des chevaux qui frissonnent dans le pré et l’onde qui trouble l’eau. Ondine. Le vent c’est aussi ce qui permet aux hommes de prendre le large, aux oiseaux de suivre leur migration.

La nature a toujours été un sujet majeur pour les artistes (cf. Les grottes préhistoriques), autant que pour les scientifiques qui en percent les secrets. De tout temps, les peintres partaient en promenade dans la campagne pour y croquer des morceaux de paysages qu’ils transcrivaient plus tard dans leus peintures, souvent en arrière plan (La Joconde).
Les peintres anglais, puis les impressionnistes, ont voulu capté l’impression, la vibration, la lumière pour créer des paysages quasi instantanés, avant la photographie. C’est l’apothéose des courants paysagistes.
Le XXe siècle avançant, beaucoup de mystères ont été percés, beaucoup d’éléments maitrisés.Et à l’heure de la conscience environnementale, la nature reste un objet de fascination pour les humains.

Prendre les enfants par la main afin de les amener à mieux observer ou sentir la nature, tel est le propos de l’artiste japonais Susumu Shingu. Cet immense artiste prend soin d’offrir aux enfants des livres magnifiquement animés, dans une imagination proche des structures aériennes qu’il conçoit. Son texte poétique laisse l’enfant rêver sur l’image qui se déploie astucieusement. Dans Le voyage du vent, nous observons des oiseaux en vol, des dauphins sautant sur les flots, une aurore boréale dessinant des mouvements dans l’espace à l’infini. Mieux qu’un documentaire, ces livres (Le petit bois mystérieux, Le papillon voyageur, L’Araignée...)  donnent à aimer ce que nous souffle la nature, c’est à dire la variété des motifs, des mouvements, des couleurs, des tailles, des matériaux. Et dans cette nature, l’homme est toujours présent.
Susumu Shingu fait des livres pour rêver et admirer la puissance du monde en mouvement qui nous entoure. Dans l’espace et le temps, il donne à voir aux enfants et à s’inventer des histoires.

Avec le soleil

Susumu Shingu est un artiste japonais connu du monde entier pour ses sculptures d’acier et de toile animées par l’eau et le vent, dévoilant les danses gracieuses que produit l’air sur les formes.
Si nous pouvons dire qu’il est héritier d’Alexandre Calder, artiste américain qui fut le premier à imaginer des sculptures en mouvement en s’inspirant de l’équilibre et des forces du cosmos, Susumu Shingu s’intéresse plutôt à la poésie terrestre qui touche nos sens.
Les deux créateurs gardent un lien fort à l’enfance – l’un par ses jouets mécaniques (Calder), l’autre par la création d’albums jeunesse (Shingu) -, mais l’artiste japonais  déploie une plus importante volonté de transmission. Par des livres simples aux illustrations éloquentes qui les emmènent en voyage, Susumu Shingu sensibilise les plus jeunes à la beauté de la nature, à son harmonie, son souffle et son constant jeu de métamorphose.

Gallimard jeunesse (collection Giboulées) a déjà publié plusieurs de ses ouvrages destinés à la jeunesse. Quelle bonne idée!  On ressent autant de poésie  dans ses publications d’albums que dans ses oeuvres d’art. La facture même des livres témoigne de l’importance et du respect que l’artiste a pour l’œuvre papier.

Dans le dernier album publié par l’éditeur, avec le soleil, Susumu Shingu invite le lecteur à entrer de plein fouet dans la lumière du soleil, dès la page couverture et les pages de garde jaune vif. Quelques phrases seulement s’étalant sur plusieurs pages, racontent la simple balade à vélo de cinq amis. C’est à travers les illustrations aux cadrages inusités nous transportant à travers la campagne que le lecteur apprécie cette promenade. Nous traversons des prairies, nous nous reposons sous un arbre immense, nous plongeons dans la forêt où l’imaginaire nous joue des tours, nous pique niquons et jouons ensemble. Le temps passe, les ombres s’allongent. Le héros de l’histoire est un rêveur. Un rêveur sensible à la beauté des papillons qui volent, au vent qui frôle ses joues, à l’odeur des feuilles humides, à l’éblouissement du soleil. Quelle magnifique journée!

Dans l’esprit d’un livre qui est à la fois objet artistique (beauté esthétique), poétique (lien texte image) et scientifique (l’effet de la lumière), j’aimerais faire un lien vers un autre magnifique ouvrage publié chez Gallimard jeunesse, COLORAMA, un imagier des nuances de couleurs imaginé par Cruschiform. Quel travail, quel voyage à travers ce gigantesque nuancier qui nous donne à rêver autant que l’envie d’apprendre. Tiens, que dit Cruschiform à propos de ce jaune vif utilisé par Susumu Shingu dans ses pages de garde et qu’elle nomme jaune Tournesol: « Dans le monde végétal, les fleurs arborent des couleurs éclatantes pour attirer l’attention des insectes butineurs. Celle du tournesol est d’un jaune flamboyant. Sa tige héliotrope lui permet de suivre la trajectoire du soleil tout au long de la journée, d’où le nom de cette plante. » Et si maintenant, on regardait un tableau des tournesols de Van Gogh?