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Thomas, du malheur au bonheur

Ce premier texte très touchant de Martine Arpin raconte le chemin initiatique de Thomas vers une promesse, si ce n’est celle du bonheur, au moins celle d’un sourire, après l’immense perte de sa maman. Claude K. Dubois qui l’illustre y déploie tout son talent. Thomas, du grand art à la maison d’édition D’EUX.

Je suis toujours époustouflée de constater qu’avec, en apparence, si peu de moyens (un pinceau et de la gouache), tout en restant dans des demi-teintes, le récit visuel d’un album soit aussi puissant que cela. C’est fou ! Les espaces, les postures, les lignes invisibles qui relient les personnages, les regards, les cadrages… Claude K. Dubois connaît ses personnages sur le bout des doigts. Elle les devine, les ressent, les enrobe de tendresse et fait en sorte que tout leur corps porte les émotions sans en faire trop, avec authenticité, en restant à hauteur d’enfant. Quel talent tout de même et des années de travail pour maîtriser l’art de l’illustration.

« L’émotion est la seule force directrice dans mon travail. Je ne dessine pas pour le côté graphique, celui-ci me sert en fait à traduire avec force les sentiments de mes personnages : la joie, la tristesse et, toujours en filigrane, la fragilité et l’étonnement face au monde qui nous entoure. Le regard des enfants croisera celui de mes personnages. Pour que cette rencontre magique ait lieu, il faut que ce regard soit vrai, sincère et vivant. » 

Et porter les émotions d’un texte comme celui-ci, sur la mort, s’avère délicat. Surtout ne pas en faire trop. Laisser de l’espace au lecteur pour créer ses propres liens avec Thomas ou simplement raviver des souvenirs avec les gens qu’il aime.

C’est en suivant Thomas pas à pas que l’on embarque. Pas moins de quatre merveilleuses doubles pages, jamais les mêmes, illustrent le chemin à faire pour comprendre et se rassurer. « J’ai marché, marché, marché dans la ville. » Son cœur brisé a besoin d’aide alors Thomas cherche, enquête, questionne les uns et les autres pour guérir. Il sent bien qu’il lui faut une réponse mais voilà, personne n’en a. Ni la couturière aux doigts de fée, ni le docteur Kasra, ni le menuisier, aucun de ces personnes en qui sa maman avait pourtant confiance, ne peut l’aider.
Ses petits pas le ramènent à la maison où son papa assis dans l’escalier, semble bien accablé au milieu de photos éparses autour de lui. Pas après pas, marche après marche, photo après photo, il sera long encore le chemin pour apprivoiser le chagrin. Mais à travers cette maman présente dans « des dizaines et des dizaines de photos » ce sont aussi de nombreux souvenirs que Thomas va récolter pour combler le vide. Plus besoin de marcher car tout est à portée de son cœur : les couleurs, les odeurs, les joies et les histoires partagées feront naître un sourire contagieux sur ses lèvres telle une petite étincelle qui rallume aussi le sourire de son papa.
Si le cœur de Thomas ne peut jamais être véritablement comblé, il trouve, comme celui du lecteur, un apaisement.
Oui, c’est bien pas à pas que la vie va…

Thomas, chez D’EUX https://www.leslibraires.ca/editeur/d-eux/