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Un jour je bercerai la terre, une ode à la terre

Le style de Mireille Levert, on le reconnait immédiatement. J’ai découvert son travail en arrivant au Québec il y a vingt ans, à travers les albums tendres de Jérémie et Madame Ming. À l’époque, j’avais même comparé le visage  de Madame Ming  au style de Modigliani, par son ovale, cet ocre particulier, son regard un peu perdu.
Mireille Levert travaille en littérature jeunesse depuis plus de trente ans. Elle est parmi les membres fondateurs d’Illustration Québec. Prix du Gouverneur général du Canada, elle écrit et illustre ses propres histoires.
Son grand album Un jour je bercerai la terre, paru aux éditions La Bagnole en 2017, m’a séduite et offert une pause poétique dans le tourbillon des publications jeunesse. Tourbillon, c’est peu dire. On fait des livres, peut-être trop. Mais fait-on des lecteurs?
À la lecture de ce magnifique album, j’ai rêvé que chaque jour les enfants puissent recevoir de la part d’un adulte bienveillant un texte et des illustrations qui, comme ici,  propose mais n’impose pas et imagine sans effets spéciaux. Des mots simples dont on apprécie la grande beauté. Des illustrations enveloppantes, toutes en courbes élégantes.

Chaque page de l’album reflète une pensée déclinée en poème autour duquel se déploient des motifs de la nature  entourant le personnage. La prose poétique trouve son prolongement naturel dans la façon dont Mireille Levert lui donne son envol en l’illustrant. On y ressent une grande liberté, une douceur. Et si, comme elle le dit en exergue « Encore maintenant, je me sens petite, un minuscule grain de sable », son personnage  ne semble jamais écrasé par cette nature.
Au contraire il l’embrasse, la survole, la rêve, la contemple, l’écoute. Ses sens sont en éveil.
L’emploi de ce « je » implique le lecteur et l’invite à suivre le fil des pensées: « je » rêve de voyages, de forêts, d’océans, dans le chaud, le froid, ou la nuit. Cette exploration sensorielle se connecte parfaitement au besoin des enfants. Car oui, les enfants ont besoin de ce temps pour rêver et imaginer. Ils ont besoin d’être à l’écoute de leurs propres rêves. La nature leur ouvre des espaces plus grands qu’eux et permet à leur imaginaire de s’envoler.
Il est là, l’hommage rendu à la nature. Reconnaitre ce qu’elle nous donne pour élargir nos rêves. « Je lui dirai je t’aime ma terre de beauté ».

Merci Mireille Levert d’offrir aux enfants du temps pour bercer la terre.

C’est drôle, en voyant la dédicace « À ma soeur, et à tous ceux qui savent reconnaitre la beauté du monde », j’ai pensé à Bonjour le monde, de Catharina Valckx album lui aussi dédié à sa soeur qui elle aussi appréciait la beauté du monde.

Un jour je bercerai la terre Mireille Levert, La Bagnole 2017