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Un pour tous, tous pour Mouha !

Mouha, de Claude Ponti, raconte l’irrépressible envie d’explorer le monde, un moment dans l’enfance où l’on est poussé par la certitude de la découverte, un désir, une curiosité.
Elle se sent libre, Mouha, et personne ne l’empêche de se lancer sur le « sol de par terre où je ne suis encore jamais allée ». D’emblée, ce qu’elle découvrira lui semble prometteur d’ « aventures belles et intéressantes ».

Je vous le dis, tout le monde n’est pas capable d’un tel voyage. Il faut d’abord bien réfléchir, puis oser, savoir se laisser aller (dans le cas de Mouha, se laisser tomber) et ne pas se démonter.  Mais les personnages de Claude Ponti  se découvrent la plus part du temps des capacités extraordinaires à rebondir au fil de leurs aventures ou mésaventures !

Ainsi commence le voyage de Mouha, composé de légèreté, mais aussi de petites tristesses comme « ce pauvre oisillon tombé tout perdu », ou de rencontres plus terribles avec des enquiquineurs qui jalonneront son parcours, la mettant au défi du haut de leurs gros corps moches effrayants et des devinettes (trop faciles!).

Une devise à suivre cependant, celle de Blaise, le poussin masqué, tel un sage perché sur sa balancelle : « Ici sur le sol de par terre, ce qui a l’air vrai ne l’est pas toujours, et ce qui a l’air méchant ou gentil, ne l’est pas toujours non plus ». Il ajoute  : « Ce qui est important c’est que tu es importante. À part ça, j’aime ta coiffure ».
Ah, la coiffure de Mouha ! Elle fera l’objet des remarques des uns et des autres. Certains l’aiment, d’autres la trouvent hideuse. Cela ponctue le récit et apporte une touche intéressante nous ramenant vers une certaine réalité : dans ce monde imaginaire, l’humain reste humain.  Souvent grotesque, il a des avis sur tout, sur rien et des points de vues arbitraires sur tout ou rien. Y compris sur la coiffure de Mouha ! Mais elle est bien au-dessus de ça.

La rencontre de Mouha avec les habitants du « sol de par terre » pourrait être déstabilisante pour notre héroïne. Cependant, les conseils de Blaise lui permettent de ne pas tomber dans les pièges et surtout ne pas se fier aux apparences.

La poésie affleure toujours dans l’écriture de Claude Ponti, provoquant des images magiques. « La lune et le soleil sont partout à la fois ». Quant à la musique des mots valises, elles envoient un message d’humour et de liberté dont on s’empare avec bonheur. Et puis, j’aime retrouver dans ses albums des éléments qui me relient à ses autres livres : des personnages, des silhouettes récurrentes, un monde de pierre, un Blaise, des champignons, des animaux « doudous », une échelle du monde totalement éclatée.
Dans ce doux monde fou, ce qui pousse tant les enfants à poursuivre la lecture par l’image (bien souvent avant de pouvoir lire), c’est l’implication physique. Je veux dire par là que le héros, chez Claude Ponti, avance, traverse, vole, tombe, marche même où il ne peut pas. Et on a très envie de le suivre. Il passe avec énergie à travers les images dans un découpage savant qui propose  des cadrages donnant à voir plus loin, toujours loin. On avance, on avance entre les arbres, derrière les roches, dans un champ de lapins (attention, ce sont des canards!). Claude Ponti prend les enfants par la main et les pousse à l’aventure.

Dans ce monde si proche d’eux, les enfants découvrent que toute chose porte une part d’invisible, c’est l’imaginaire. Avant de savoir lire, ils sauront que tout est possible, qu’au-delà des mots « lapin », « carotte » ou « poisson » (qu’ils apprendront vite à lire), il y a aussi des Archikrott, Bafrafon ou des Rédékères pas très sympas. Des mots entre fiction et réalité. Mais s’ils sont dans notre imaginaire, c’est qu’ils existent un peu quand même, non ?

Aller, pour rire et conclure, je vous en pose une, énigme: « Lorsqu’on me nomme, je n’existe plus. Qui suis-je? ».
On est tous pour Mouha ! Vive Mouha !

Claude Ponti

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