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Le petit livre discret

Il y a des livres discrets. Ils sont de petits formats ou portent un titre sans esbroufe ou leurs douces illustrations font en sorte qu’on les remarque moins à côté des autres. La discrétion. Une qualité rare qui est aussi celle de quelques inoubliables tels les livres d’ Arnold Lobel (cf. Hulul) ou de Geoffrey Hayes (cf. Seul avec soi). C’est pourtant parmi ces livres que l’on déterre parfois des trésors.

Celui-ci c’est Alexandra, une libraire, qui l’a sorti de ses rayonnages pour le mettre entre mes mains : Un thé à l’eau de parapluie de Karen Hottois et Chloé Malard (Seuil Jeunesse). La poésie du titre m’a tout de suite plu. Dès la page couverture, nous sommes conviés dans la chaleur d’une maison, autour d’une table ronde sur laquelle sont posés tasses et biscuits. Elmo a invité ses chats en peluche à boire du thé, mais pas n’importe quel thé, un thé à l’eau de parapluie. L’atmosphère est réconfortante. Et pour accompagner le breuvage, Elmo a aussi préparé de délicieux biscuits au citron. Tout est là pour se sentir bien et passer un bon moment.
L’amitié, la chaleur, la gourmandise, le partage.

Si Elmo a envie de partager un thé à l’eau de parapluie, c’est parce que le temps est gris et pluvieux. « L’automne est bien là ».
Mais comme ses chats sont insupportables (ils préfèreraient de la soupe de petits poissons), il invite ses voisins, la belette et l’écureuil. Au moins, ils apprécient le thé et les petits gâteaux au citron.
Elmo leur dévoile sa recette, une recette poétique s’il en est : il faut se placer sous « un gros nuage plein de mer évaporée ». Un nuage qui s’est chargé de tout ce que l’été lui a apporté : du soleil, des sauterelles, des coquelicots et sans doute bien d’autres choses encore…

Ça rend le thé particulièrement savoureux et ça vous remonte le moral quand le temps est gris. Les images de l’été surgissent alors pour tous les amis. Dans le thé à l’eau de parapluie, chacun revoit la mer, le soleil, les bouées. Les chats y voient même des petits poissons dorés. Le breuvage transforme la morosité de cette journée grise en joie sautillante.

Elmo est si bien qu’« il a même envie de dire « Je t’aime» à l’été, à la pluie d’automne, à la belette ». Autour de la table ronde comme la théière, comme les tasses, les fauteuils, la bibliothèque, on vit un instant délicieux. C’est alors l’explosion de joie. On saute dans les flaques, on se mouille. Et puis comme ça « après on aura froid et tu nous referas un thé ! »

Les illustrations aux teintes vives sont remplies de petits détails tendres et drôles. Chloé Malard semble voir la vie en couleur. Elle pose de grands aplats colorés qui servent de fond puis trace à la plume des insectes, des objets, des feuillages, les petites tasses, le contour des animaux… Cela donne une impression très vivante et spontanée. Avec des petits points tout légers elle suggère la fumée du thé ou une forme. Tout en rondeur, ses illustrations contribuent à l’impression réconfortante et chaleureuse de l’histoire.
Dans ses illustrations, elle fait émerger l’imaginaire de l’été dans la réalité du temps pluvieux. Réalité et imaginaire qui se côtoient…Après tout, dans la vie, n’est-ce pas toujours le cas ?

Comment ne pas penser au Thé aux larmes d’Arnold Lobel, empli de ces petites choses qui rendent tristes (une page déchirée, une chaise cassée…) ou encore au Frédéric de Leo Lionni dont la puissance imaginative sauve ses frères et sœurs de la morosité de l’hiver.

Karen Hottois et Chloé Malard font un joli duo et alors que l’hiver frappe à nos portes, nous pourrions penser à nous réconforter autour, pourquoi pas, d’un thé à l’eau de neige …

Un thé à l’eau de parapluie, Seuil jeunesse