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Une maison pour Marvin

Une maison pour Marvin est une histoire un peu déjantée, oscillant entre l’album classique dans sa narration et la bande dessinée dans la façon de jouer avec les cadres de l’illustration.  Dans une ville qui pourrait être Montréal ou ailleurs, Mona, une petite fille, rencontre « un gros chien qui n’a pas de maison. Provisoirement, il campe sous un tapis ». 
C’est signé Claire de Gastold et c’est publié à l’école des loisirs.


Marvin, vous le voyez dès la page couverture, est un chien jaune qui crée immédiatement la surprise par sa taille disproportionnée. Et comme il a une bonne tête avec ses très longues oreilles, il nous est tout de suite sympathique. Mona aimerait bien qu’il vienne habiter chez elle, mais ses parents ne veulent pas et les voisins ont tous une bonne raison de ne pas l’accueillir non plus. 
Tous ces « non » vont la pousser à chercher une solution ailleurs. 

C’est là que commencent tous les possibles. On quitte une certaine réalité pour aller…vers la campagne. Oui, c’est intéressant cette structure. Souvenez-vous dans Max et les Maximonstres et beaucoup d’autres albums à sa suite on a cette forme très musicale ABA : réalité-rêve ou fantasme- retour à la réalité. 
Ici c’est la même chose mais transposé en ville-campagne-ville. Très astucieux !

Je ne vous enlèverai pas le bonheur de savourer les étapes de cette quête qui repousse sans cesse les limites dans l’espace. Par beau temps, sous la pluie, en ville ou à la campagne, c’est compliqué de trouver un logement. 
Le récit se déroule à un rythme soutenu et le lecteur n’en perd pas une miette.

Claire de Gastold utilise de nombreux moyens scéniques pour prendre le lecteur par la main et l’entrainer dans l’aventure sans jamais le perdre. Successions de cases faisant avancer l’action, grandes doubles pages pour savourer quelques moments forts en émotions (celle de l’envol par exemple), de plus petites vignettes qui ralentissent le rythme pour préparer la suite avec humour.
À n’en pas douter, l’exercice a certainement demandé beaucoup de travail si l’on pense à la complexité des échelles dont elle joue astucieusement pour que cet immense chien et Mona se déplacent de façon cohérente au fil des pages.

J’aime l’audace de l’histoire un peu farfelue qui offre de multiples lectures. Vous pourrez l’interpréter comme histoire humoristique, comme une métaphore sociale (trouver un logement devient difficile pour beaucoup et oblige à l’éloignement des villes) ou tout simplement comme un conte fantaisiste (le loup, personnage mythique y est bien présent). Quoi qu’il en soit, l’histoire finit bien et c’est par hasard que Marvin trouvera un logement chez un vieux couple trop content de recevoir ce cadeau du ciel : 
« Doudou regarde, nous avons des invités tombés du ciel ! ». 
La scène est comique et bienveillante grâce à ce couple aux cheveux blancs et hirsutes, aux grandes oreilles, portant lunettes et charentaises (amis québécois, ce sont des pantoufles carottées). 
Et oui, parfois, la vie nous tombe du ciel, comme ça, grâce à une enfant.

Par ailleurs, je n’ai pu m’empêcher de faire des liens vers d’autres grands artistes. Voici quelques allusions :
un chien qui sauve Mona, ça ne vous rappelle pas un certain Chien bleu et sa Charlotte ?
Un animal qui vole au-dessus des champs avec un enfant sur son dos, il y a peut-être un peu de Nils Olgersson dans cet élan (à la différence près que Nils n’était pas très sympa avec les animaux) ?
Ou bien Claire de Gastold serait-elle imprégnée du monde de Hayao Miyazaki ?
Quant au trou dans lequel tombent  les deux amis, un trou où dorment 237 lapins qui s’affolent à les sortir de là, Lewis Carroll n’est évidemment pas très loin, ni même Claude Ponti.
Et cette Mona, par son caractère intrépide, pourrait être un peu la sœur de Marion Duval (d’Yvan Pommaux) !

Et pourquoi pas ? Quelle richesse et quelle magnifique façon de s’inscrire dans une lignée d’histoires que les enfants adorent.
Ces références ne font que renforcer le caractère originale de cette créatrice. Car elle a un style bien à elle, qu’on ne s’y trompe pas.
Je vous invite d’ailleurs à prendre le temps d’observer les illustrations qui donnent beaucoup à voir. Il y a un soin et cette précision (japonaise?) à montrer les maisons en coupe, à glisser de multiples détails reflétant notre société moderne ou qui ouvrent d’autres portes à l’histoire, comme cette dernière page de garde qui arrive en épilogue et rassemble tous les personnages.

Vous l’aurez sans doute compris, Une maison pour Marvin est un album qui reflète la grande liberté de la littérature jeunesse. Raconter tout cela dans le cadre physique d’un livre relève pour moi toujours de l’exploit. Bravo !

Un cadeau de l’éditeur : pour t’amuser après l’histoire et la partager avec tes amis, voici une carte postale.