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Une vie de chat

Une vie de chat

Louison Nielman et Jean-Claude Alphen

Éditions D’eux

D’abord j’ai fait fausse route.
J’avais en tête l’image du Chat assassin, vous vous souvenez, la série d’Anne Fine illustrée par Véronique Deiss avec ce chat sournois et sarcastique ? Avec son allure carrée, ses yeux obliques, ses moustaches horizontales et le ton du début de l’histoire, oui, j’ai pensé, « tiens voilà un chat qui va jouer un tour pendable à un innocent ».
Erreur !
On nous mène en bateau. IL nous mène en bateau. Va-t-il manger la petite souris, dans l’ascenseur qu’il appelle un « manège » ? Peut-être attend-t-il que les personnes descendent du « manège » avant de devenir un assassin ? Mais non…encore trompée. Le voilà qui s’aventure dans le froid. Il court « retrouver sa majesté » dans un « palais gigantesque ».

L’économie de détails et le ton à la 1ere personne laissent tout l’espace au lecteur pour imaginer librement ce qu’il veut. Et c’est exactement ce que j’ai d’abord adoré dans cet album.
Peu à peu cependant, des indices resserrent le récit. Dans le nouveau « manège » qu’il emprunte dans le palais blanc et immense, un homme porte un stéthoscope. Le chat n’évoque plus sa majesté mais sa « princesse ». Le mot à lui seul attendrit nos pensées. Il y a urgence à la retrouver. Les portes sont numérotées. Quand il ouvre la 403, il la retrouve, allongée dans un lit d’hôpital.

Le récit est merveilleusement bien mené grâce au talent de Jean-Claude Alphen qui joue de son trait noir sur fond blanc dans un minimalisme à l’efficacité redoutable. Coup de chapeau à ce magicien du crayon ! En variant ses cadrages, en se servant des pages comme de portes, en grossissant ses points de vue ou au contraire, en prenant de la distance, il implique fortement le lecteur dans l’histoire dans une économie de moyens impressionnante.

Nous ne sommes cependant pas au bout de nos surprises. « Je sais que je ne me marierai pas avec ma princesse. Je ne suis qu’un chat, mais elle me traite comme un roi ». C’est réjouissant. Tout est là, subtilement. Car ce chat est un chat sorti d’une histoire. Mais dans la vie, tout est fiction, n’est-ce pas? C’est pour cela que nous avons tant besoin d’histoires. Les histoires consolent, font du bien à l’âme, encore plus quand on est dans un lit d’hôpital. Et les personnages nous accompagnent parfois longtemps, parfois toute la vie. Oui le sursaut final très réussi. Une sorte de mise en abîme des personnages. Comme le dit le chat lui-même « c’est un jeu ».

Il y a peu, en discutant avec le pédiatre le Dr Chicoine, ce dernier me révélait que beaucoup d’enfants alités pendant des semaines ne recevaient aucune histoire. On les colle devant une tablette pour les occuper.
Pourtant, raconter une histoire à voix haute à son enfant, cela peut, si ce n’est le guérir, au moins l’aider à s’évader quelques minutes.
Le chat de Une vie de chat, est un héros qui a de l’empathie, de la compassion, et se démène pour sa princesse. Personnage de fiction, il ne sait pas à quel point il compte dans la vie du palais blanc.
« Je serai toujours là pour toi, dans cette vie de chat. »