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Seul avec soi

Celui qui connait l’art de vivre avec soi-même ignore l’ennui (Érasme). Voici les mots que l’on peut lire en exergue de l’histoire de Geoffrey Hayes à laquelle les éditions Le Lièvre de Mars redonnent vie, Seul avec soi.
Être seul avec soi, vaste programme que l’homme apprivoise depuis qu’il vit sur terre. Et en effet, la solitude et l’ennui sont au cœur de ce très joli livre, à la page couverture tendre et surannée.


Publié en 1976, Seul avec soi connut 13 belles années de succès, puis disparut. Voici que Nadine Robert, éditrice du Lièvre de Mars lui redonne vie ; avec raison, puisqu’il s’agit d’un thème intemporel traité ici avec une qualité littéraire et graphique qui répond aux critères de sa maison d’édition.

Dans une facture classique, avec une mise en page où le texte se déroule à côté ou en dessous des illustrations cadrées, nous observons Ourson dans les petits instants de sa vie. La douceur qui émane des teintes pâles (bruns et verts clairs) et du dessin poétique, exprime le bonheur de l’instant présent.

Seul avec soi est un livre d’impressions, de « fragments illustrés ». On peut se demander comment l’auteur arrive à maintenir notre intérêt de page en page dans une histoire où il ne passe rien ou presque ? Simplement parce qu’il s’y passe tout et le plus important : se connecter à soi-même. Avec retenue, quelques phrases qui soulignent les vignettes, nous le suivons dans ces petits riens du quotidien qui disent tout. Une sorte de carpe diem.

Pour soutenir l’attention du lecteur, chaque illustration représente Ourson en action, pêchant, jouant, courant avec un cerf-volant, se promenant en ville ou à la campagne. L’action est chaque fois servie dans un cadrage différent. Nous sommes parfois loin d’Ourson, parfois tout près de lui, d’autres fois encore derrière lui ou face à lui. Pour un peu, nous ferions partie de ses rêves.

Donc nul ennui dans l’ennui, mais une vie bien remplie. Les cinq sens d’Ourson (et les nôtres par là même) sont en éveil, de la ville à la campagne, en courant dans le vent ou sur l’eau, dans sa petite barque. Page après page, Ourson dément cet ennui par l’intensité de sa présence. Nous ne le quittons pas des yeux et il nous invite d’une certaine manière à lui tenir compagnie dans cette promenade méditative où il est seul du début jusqu’à la fin.
Il nous invite à apprivoiser le bonheur d’être seul.e.

Les éditions Le Lièvre de Mars publient encore une fois une bien belle histoire. Un petit moment de vie essentiel, raconté en toute simplicité, dans une économie de moyen et sans surenchère esthétique.

Rappelons ici la mission de la maison d’édition au nom éponyme du personnage un peu fou de Lewis Carroll dans les aventures d’Alice au pays des merveilles. Et peut-être faut-il être un peu fou pour relancer la carrière de certains albums incontournables ou méconnus ! C’est pourtant ce que fait courageusement Nadine Robert  depuis janvier 2018 dans un véritable projet de conservation du patrimoine littéraire.

On y découvre des choses étonnantes comme par exemple l’audacieuse mise en page de C’est bien c’est affreux ! ou l’esprit unique du japonais Noboru Baba avec ses Onze Matous dans un sac, ou encore la touche scandinave de Tove Jansson, célèbre autrice finlandaise des Moumines dans Qui rassurera Truffe ?

Voir l’article dans ce blogue à propos de Onze Matous dans un sac