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Les cadeaux de Monsieur Dzotap

La vie apporte son lot de soucis mais j’ai tendance à retenir ses cadeaux. Et je crois que ce monsieur dont je vais vous parler, a sans doute un peu la même philosophie. Mieux encore, il a su faire des cadeaux de la vie une richesse à partager et le voilà qui publie aujourd’hui à travers différentes maisons d’éditions (Pastel, Albin Michel, Sarbacane, Bayard, édition des Éléphants, Gallimard jeunesse…).
Son cadeau le plus important, c’est l’école qui le lui a offert : le monde des histoires et des livres. Parce que chez lui, dans sa maison d’enfance au Cameroun, il n’y avait rien de tout cela. Sa sensibilité lui a permis de comprendre que les livres offraient de multiples fenêtres et il s’est envolé. Son dernier album, Le Cadeau, prend tout son sens quand on connait son parcours. Il y raconte la féérie des mots et la magie d’écrire.

Publié aux Éditions des éléphants et illustré par Delphine Renon, cette histoire met en scène Leo, un petit jaguar. Il reçoit pour son anniversaire de nombreux cadeaux mais celui qu’il préfère est un stylo que son papa lui a offert en lui précisant « dans ton stylo il y a plein de belles choses ». Leo ne peut attendre de voir ces belles choses. Et un objet si petit peut-être contenir quelque chose ? Que contient ce stylo ? De l’encre ? À moins que cet objet soit une flûte ?

Quand Leo découvrira que son stylo contient son nom et tous les mots du monde, ce sera un émerveillement. Accompagné de page en page par un petit lézard rouge dans une jungle stylisée et très colorée, nous voudrions que cet émerveillement lui reste pour la vie.
Le cadeau est un livre nécessaire dans la mesure où il permettra au jeune lecteur de prendre toute la mesure du geste d’écrire. Et au-delà, de s’émerveiller à son tour d’avoir soi-même la capacité d’écrire et de dessiner. Un émerveillement que l’on oublie peut-être trop rapidement en grandissant.

Revenons à Alain-Serge Dzotap. Cela fait quelque temps que je lui suis via sa page Facebook bien active et les abonnements de l’école des loisirs qui m’ont permis de découvrir deux de ses livres publiés chez Pastel : Tu sais que je t’aime très fort et Le roi et le premier venu. Deux albums illustrés par la talentueuse Anne-Catherine De Boel, chez Pastel.

Nous qui sommes gâtés, entourés de milliers de livres et auxquels nous faisons parfois la sourde oreille, je crois qu’il y a à réfléchir quand on découvre un parcours comme celui d’Alain Serge Dzotap. C’est pourquoi je l’ai interrogé sur son cheminement et l’influence de son pays, le Cameroun, dans ses histoires. S’il signe « poète écrivain pour les tout-petits et animateur d’atelier d’écriture pour les petits », c’est qu’il a commencé par la poésie, suivant les traces de son frère. « J’écris à partir de ma ville, Bafoussam, au cœur de l’Afrique et du Cameroun mais avec un regard qui embrasse le plus vaste monde ». 
Depuis, il s’inspire des contes de chez lui ou d’ailleurs, mélangeant son inspiration littéraire à sa vie privée. Par exemple dans Tu sais que je t’aime très fort, il dit rendre « hommage à mes grands-mères que je n’ai pas eu le bonheur de connaitre », il fait des clins-d’œil à des contes africains.
Dans Le roi et le premier venu, il glisse une allusion à Pinocchio, de Carlo Collodi. Ce n’est pas un conte traditionnel réécrit, mais un conte inventé de toutes pièces.
Bientôt chez Pastel, nous attendons un conte Bamiléké, encore et toujours illustré par Anne-Catherine de Boel qui fait un travail magnifique, construisant, avec des techniques mixtes, des illustrations imprégnées de l’iconographie ou l’esthétique de la culture concernée dans l’histoire.

Il lui arrive d’aborder des thèmes sociaux plus graves comme dans Adi de Boutanga qui évoque le mariage forcé d’une petite fille. Cette histoire, illustrée avec talent par Marc Daniau, fait partie de ces livres importants écrits afin que nous n’oublions pas que dans certaines parties du monde, l’enfance n’est pas toujours synonyme d’innocence.


Alain Serge Dzotap est aussi un médiateur hors pair. Parcourant les villages à la rencontre des enfants de son pays, écrivant la nuit, il nous apporte avec ses histoires un peu de l’Afrique, un peu plus encore de son pays le Cameroun, et montre combien la francophonie est une réalité, et surtout, un enrichissement. Alain Serge Dzotap glisse dans ses histoires quelques expressions typiquement africaines comme « Ndjou-Ndjou Kalaba », le monstre qui fait peur à tous. Un vrai bonheur de faire découvrir ces sonorités aux enfants francophones dans le monde.

Cher Monsieur Dzotap, merci pour vos cadeaux, votre voix, votre engagement si fort en littérature jeunesse et en alphabétisation. J’espère que vous pourrez rencontrer les enfants de tous les pays qui aiment vos contes. Je crois que ce sera un magnifique tour du monde. Je vous le souhaite.

Bravo !

Fiche pédagogique de l’album Le roi et le premier venu