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Maman, je suis réveillée !

Le style de  Mathieu Lavoie s’est imposé dès ses premiers albums, par son efficacité graphique, ses couleurs franches et une scénographie au fort lien texte-images qui agit comme au cinéma lorsqu’on déclare « MOTEUR… ACTION ! ». Pour résumer, c’est un auteur qui propose au lecteur d’être plus qu’un spectateur dans ses histoires en l’invitant à réagir, réfléchir, anticiper et parfois même, revenir en arrière pour ne rien manquer. Ce que toute bonne littérature jeunesse devrait être, au fond.

Dans Maman, je suis réveillée , il est fidèle à ces constantes mais se renouvelle par une scénographie encore plus intrigante. Nous suivons Didi, son personnage, du matin au soir, de son réveil dans son lit, à la cuisine, au parc, puis de retour à la maison, à nouveau dans la cuisine et dans son lit. Et cela donne « Tralala » vers le parc, puis « Lalatra » de retour vers la maison.

Car l’auteur donne toujours au texte un rôle très important (rôle rythmique). Dans cet album, plus encore sans doute puisqu’il lui offre une place (au sens de l’espace) aussi prépondérante que l’image tant la typo est énorme. Est-ce un reflet de la façon qu’ont les enfants de toujours crier pour attirer l’attention ?

L’autre aspect intéressant est ce petit quelque chose de décalé qui donne une atmosphère particulière à l’ensemble de l’album. Didi agit presque comme un automate dans un espace moderne aux couleurs assez froides. On va jusqu’à se demander si cette maman existe vraiment ou si ce ne serait pas plutôt un robot qui répond sans cesse « Oui, ma chérie. Oui ma chérie ». Est-ce tout simplement un clin d’œil ironique aux adultes obligés de répéter encore et toujours des phrases auxquelles tout enfant est soumis en matière d’apprentissage ?

Dans cet espace minimaliste où tout est rectiligne, un seul tableau est accroché au mure de la chambre de Didi. Pas n’importe lequel. Si vous l’observez bien, il s’agit de deux cercles colorés jaune et bleu, les personnages du célèbre Petit-Bleu et Petit Jaune de Leo Lionni, un livre fait de symboles. Peut-être l’album de Mathieu Lavoie est-il un écho à cette façon de jouer sur les codes, en réduisant la narration visuelle au minimum.

Enfin, comme toujours chez cet auteur, nous avançons avec intelligence dans un récit qui parait simple, mais attention l’évidence cache toujours une subtilité. Même si nous sommes attentifs au déroulement de l’action, un détail nous oblige à revenir en arrière. Comme par exemple ici, au moment où Didi rentre à la maison après avoir joué au parc avec Baba, Coco et Titi.
Elle s’aperçoit qu’elle a oublié sa pelle au bac à sable, alors elle y retourne. Mais quelle surprise lorsqu’elle voit une gigantesque montagne de pâtés de sable devant elle avec sa pelle tout en haut ! Une farce de ses amis ? A-t-on manqué une action ? Combien de temps s’est-il passé ?
C’est dans ce « trou » appelé ellipse que le lecteur cherche à comprendre et qui le rend actif en lisant.

Mathieu Lavoie est un créateur d’albums qui fait confiance à l’intelligence des enfants et plus encore à leur liberté d’imagination. Peut-être joue-t-il encore lui-même avec ses jouets pour inventer ses histoires ? Qui sait…

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