Appuyez sur Entrée pour voir vos résultats ou Echap pour annuler.

Ours et le murmure du vent

Il arrive que la vie nous invite à partir à l’aventure, mais l’inconnu, parfois angoissant, peut nous amener à y renoncer. Pour Ours, le personnage attachant du dernier album de Marianne Dubuc, il y a une attirance forte vers l’ailleurs et ce souffle qui le guide : le murmure du vent. Ours et le murmure du vent, publié aux éditions Album est une magnifique occasion d’évoquer la poésie visuelle de cette créatrice talentueuse, lauréate de nombreux prix.

Dans cet album, Marianne Dubuc reste fidèle au rapport intime et doux qu’elle entretient avec la nature. Pensons à Je ne suis pas ta maman, dont l’action se déroule entièrement dans un arbre. Au lion et l’oiseau, qui évoque le cycle des saisons. Ou encore sa merveilleuse histoire Le chemin de la montagne dans laquelle la nature est une découverte éblouissante sous le regard de Mme Blaireau et de Lulu, le petit chat.

Dans Ours et le murmure du vent, nous retrouvons l’idée d’une promenade méditative dans la nature qui offre toujours l’occasion d’une réflexion sur la vie. Tout cela avec légèreté, fantaisie et tendresse.
Mais elle va plus loin peut-être, car ici la nature EST un personnage à part entière de l’histoire tant elle enveloppe la vie d’Ours, lui murmurant de bouger, d’aller ailleurs…Un personnage silencieux qui est un paysage.

Revenons à notre personnage, Ours.
Avant, Ours avait une jolie maison. Ours avait des après-midi avec ses amis. Ours avait son fauteuil préféré et il avait l’odeur de la tarte aux fraises. Ours avait la vie douce . C’était avant. Avant le grand chamboulement.
« le grand chamboulement», une expression forte qui exprime cette chose indicible, à l’intérieur de lui, lui soufflant de suivre son instinct et avoir le courage de bouger, de changer, de s’en aller, même.
On le sent très bien à travers cette illustration dans laquelle Ours regarde par la fenêtre du salon, les mains dans le dos.  Tout est rangé, en ordre, à sa place. Le moment du chamboulement est imminent.

Ours ne sait pas où il va…Il sait seulement qu’il doit y aller.

Ainsi commence le voyage d’Ours. Il fera face à la solitude, au doute, au regret, à la peur. Parfois, il pensera avoir trouvé ce qu’il cherche, mais ce ne sera sans doute pas assez éloigné de sa vie d’avant. Alors il repartira. Et au pire moment de découragement, à l’instant où il voudrait rester caché pour toujours, il fera une rencontre inattendue. C’est Mus, une souris qui lui ouvre les portes d’une vallée magnifique. 
Ça sent bon l’herbe et le soleil.
Ours se pose. Son voyage est terminé. Il va manger de la tarte aux bleuets et rire avec Mus. 

Marianne Dubuc prend son temps pour dérouler l’histoire qui est aussi une histoire de liberté. La liberté de prendre un chemin différent de celui déjà bien établi, la liberté de se laisser guider par son instinct. À moins qu’ Ours n’ait quitté ses jeux à la recherche d’un autre lieu qui ne sera peut-être plus celui de l’enfance?

De page en page, on voit voleter devant le nez d’ours, une petite feuille. Sans doute le murmure du vent qui lui souffle son chemin. Un guide, comme une étoile. Oui, il y a quelque chose de spirituel dans ce récit.
Marianne Dubuc emprunte d’ailleurs d’autres symboles : une grenouille qui semble sortir d’un conte, l’eau comme métaphore de renouvellement et peut-être la vallée elle-même lieu de richesse et de fertilité, donc prometteuse d’un avenir souriant.
Ours et le murmure du vent donne envie de nous poser, de respirer et de sentir l’herbe fraiche sous nos doigts dans cette vallée où notre personnage se détend, enfin. 
Il y a toujours chez Marianne Dubuc un chemin poétique à suivre, une quête qui n’est pas forcément un aboutissement, mais plutôt une étape pour être plus heureux, mieux se comprendre et grandir un peu.