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Pas l’ombre d’un loup

C’est le récit d’un grand voyage, un voyage onirique dans le temps d’un monde sans frontières, avec pour seul pays, la nature. Dans cette aventure magnifique, on ne voit même pas l’ombre d’un loup, et pourtant…un monde sans loup qui rôde est-il possible ?
« J’aime tout dans le loup, je vis avec le loup depuis toujours, comme tout le monde, je pense » raconte Natali Fortier.
Le loup frayeur, le loup symbole, le loup ancêtre, le loup meute, le loup protecteur…Et vous, vivez-vous avec votre loup ?


Natali Fortier déploie dans cet album sa poésie, son amour des contes et son talent de plasticienne. Elle offre une nouvelle fois aux enfants une œuvre étonnante tant par sa beauté singulière que par son récit à mi-chemin entre le théâtre et le conte. C’est publié aux éditions du Rouergue
Parlons peut-être d’un conte théâtralisé (les dialogues se présentent avec le nom de celui ou celle qui prend la parole) où le loup est partout, tandis que les enfants ne le savent pas.
Cela crée une tension intéressante au récit qui commence par une fête, celle d’Eustache.

Déçu que Lisette ne soit pas venue pour sa fête, il s’inquiète. « D’habitude, Lisette, elle vient toujours toute endimanchée et parfumée pour me souhaiter bonne fête », dit-il à sa femme Marguerite et à ses enfants, Marcel et Giselle.
Et Giselle de dire « T’as raison, Mamili n’aurait jamais oublié ta fête, papa. » C’est ainsi que les deux enfants partent retrouver Lisette leur grand-mère, « tout au bout de l’hiver ».

Tout est poésie dans l’album. Le langage (dans sa musique québécoise), les idées fantasques, les illustrations dans lesquelles Natali Fortier fait de la nature un monde magique, un monde dans lequel se cache sans cesse la silhouette du loup et s’exprime l’innocence des enfants.

S’ensuit un récit traversant le temps, scandé du dialogue dynamique des enfants et de très courtes poésies annonçant chaque saison.
« L’hiver
Chut…En silence, une dentellière de génie fabrique
jour et nuit des flocons tous uniques, magnifiques,
à couper le souffle de beauté ».
Printemps, été, automne, hiver, défilent ainsi jusqu’à ce que Marcel et Giselle arrivent chez leur grand-mère artiste où une surprise de taille les attend. Je ne dévoile rien en écrivant que l’allusion au conte du Chaperon rouge est claire (confirmée dans le texte lui-même) ; seulement voilà, Natali Fortier détourne cette histoire bien connue vers une fin peu commune.

Si la richesse du texte est puissante par son langage truculent, où les saisons sont des pays, où chaque instant passé avec les enfants nous fait déguster les dons de la nature, nous sommes frappés par l’aspect merveilleux qui se dégage des illustrations.
C’est si fort qu’en refermant le livre, resurgissent immanquablement des images : cette baleine au-dessus du fleuve Saint-Laurent, ou ce loup comme une ombre faisant corps avec les troncs et les branches dégarnies de l’hiver. Leur graphisme ou leur déformation ne sont pas sans rappeler les images des bestiaires moyenâgeux.

Pour donner corps à ses illustrations, Natali Fortier utilise une technique particulière. Sans dévoiler tous ses secrets, elle explique l’utilisation des couleurs aux pastels à l’huile dans lesquels elle gratte avec une plume ou une aiguille (observez bien les cheveux des enfants ou les poils d’un loup). Elle y ajoute de la peinture à l’huile. Elle obtient ainsi une richesse de couleurs assez unique où rien n’est figé puisqu’elle va même jusqu’à laisser la trace de ses repentirs.

Au-delà du conte faisant écho à la célèbre petite fille en rouge, l’histoire aborde aussi la place de l’art dans nos vies (n’oublions pas que Mamili est artiste), le temps qui passe et l’amour où « dès le premier regard » on savait « qui allait croquer l’autre ».
Un récit malicieux qui ne manque ni d’humour ni de fantaisie et surtout pas de poésie. Alors plongeons dans l’été et rappelons-nous que…
« Tabarouette, que c’est beau ici, et pas l’ombre d’un loup ! »

Video avec Natali Fortier

pas l’ombre d’un loup, Le Rouergue