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VOICI MICHEL !

Voici Michel ! de Jean-Baptiste Drouot publié aux 400 coups nous met sur une fausse route dès la page couverture. Ne sommes-nous pas tous un peu Michel ?
Cette page prendra d’ailleurs une autre dimension lorsque l’histoire sera terminée.
J’ai adoré l’efficacité, la simplicité et l’humour de ce petit album qu’on lit et relit avec plaisir pour se moquer un peu de nous et un peu des autres, sans méchanceté.


Comment part la rumeur ? Une simple ressemblance, un mot entendu, une imagination débordante…Qui sait ? Quand on est célèbre, il est difficile d’échapper à la rumeur. On épie le moindre de vos gestes, la moindre de vos phrases, la couleur de votre robe ou de votre veste. On se promène en toute tranquillité et soudain la rumeur enfle comme un ballon jusqu’à vous envahir, jusqu’à vous faire fuir.

Michel se promène paisiblement, une brindille entre les dents. Il flâne. Il traverse le livre de page en page, peu à peu suivi par des inconnus qui se questionnent, qui LE questionnent. On dit que l’intelligence d’une foule est le plus petit dénominateur commun. C’est un peu méprisant, mais disons que cette histoire l’exprime tout de même clairement.

Pour échapper à la foule qui envahit sa tranquillité, Michel se met à courir. Il en perd sa brindille. Photo, autographe, question métaphysique, micro tendu, avec insistance, chacun voudrait une petite part de Michel, « Le Michel ». Il finira par réagir (je ne dis pas comment) pour échapper à la situation et surtout retrouver sa tranquillité. Et cela met plus en évidence encore la bêtise de la foule.

La réussite de cet album tient dans l’idée mais surtout le travail graphique intéressant. Aucune narration textuelle, mais des bulles exprimant les réflexions des inconnus dans la foule. Quant à Michel, il ne prononcera en tout et pour tout qu’une seule phrase. Donc on peut réellement parler ici de narration visuelle.

Sur fond blanc, dans un dessin épuré, Jean-Baptiste Drouot réussit très bien a donner cette linéarité de gauche à droite qui permet de suivre Michel pas à pas en tournant les pages. Quelques petites touffes d’herbe, des arbres, une barrière de bois, une petite maison, le décor est vraiment minimaliste. L’espace blanc donne la liberté et l’espace d’ajouter autant de personnages que nécessaire pour exprimer la foule qui grossit en chemin.
C’est quand s’accélère l’oppression de cette foule qui le poursuit que Michel se retourne et casse le rythme de la narration visuelle. Une virevolte qui immobilise le récit graphique un instant, pour qu’ensuite il prenne une autre direction.

La fin permet au lecteur de suivre deux chemins imaginaires en quelque sorte. L’un à gauche, l’autre à droite. Je ne parle évidemment pas de politique mais de direction dans l’espace ! À chacun de choisir qui l’on veut suivre. Ou de ne suivre personne.

Cette fin peut aussi de donner une autre dimension à la page couverture dont je vous parlais dans l’introduction. Car finalement, « qui est Michel » ?
Il existe puisqu’il est dans une histoire !

Voici Michel ! , Jean-Baptiste Drouot, Éditions Les 400 coups